JE SUIS PAS TRANS DANS LA FORÊT

par Loup

TRANS c’est le nom d’un trou. c’est le nom d’un fossé, un écart.

TRANS c’est le nom de la distance qui me sépare d’un ensemble de fictions situées qui ont échoué à traiter mon cas.

c’est le nom de l’espace qui est juste là, autour de moi, entre mon corps et le succès de l’hétéropatriarcat.

TRANS.

ce mot/espace prend parfois le rôle d’un pare-feu salutaire, comme une sorte de bouclier magnétique, une technologie post-quantique qui me protègerait d’un milieu inadapté à mes modalités d’existences.

une pokéball autogérée qui par intermittence propulse sa qualité de membrane cellulaire diplomatique en une sorte de devenir muraille un peu flippant.

TRANS c’est le nom d’une bouée, d’un satellite, d’un tram qui longe le périph, d’une ceinture d’astéroïdes, de la couche de pesticide sur la peau d’une pomme dubitative, le nom des douves d’un château fort qui process sa vulnérabilité, du corps éthérique de Beyoncé quand elle prend une pause, du bruit de la fête chez les voisines d’en bas qui fait comme une berceuse techno un peu cosy.

c’est pas moi.

ça me longe, ça m’entoure, ça se frotte à moi, ça m’épouse, ça me fait frissonner, ça me tient chaud dans l’eau des rivières aux printemps, ça se déplace à ma surface, mais c’est pas moi.

TRANS c’est le nom d’un rapport entre le monde et moi. le nom d’une balise qui dit ‘c’est pas par là’, c’est un trigger warning, un panneau sur lequel on a écrit ‘attention à la marche’.

c’est un peu ma meilleure copine, mon ange gardien rémunéré, une sorte de contrôleuse RATP qui déciderait de pas me verbaliser sans dire à ses collègues que j’avais pas de ticket.

TRANS c’est le nom de l’animal qui nage/court/vole/rampe avec moi dans la rue pour prévenir la dame de garder sa question pour elle.

C’est le nom d’une technologie de médiation capable de faire raconter des histoires qu’on avait apprises à pas dire à l’école.

Je suis pas trans dans la forêt.

Je suis trans tant que tu continues à opérer une corrélation entre un appareil génital, un pronom, une géographie des poils et un rôle social.

TRANS c’est le nom de ce que tu vois de moi tant que t’as pas appris à me voir moi.

C’est un beau nom. Un nom de feu et de serpent sacré.

TRANSsssss

c’est le nom de l’écart entre moi et ce qui aurait été plus simple que je sois, franchement ce qui aurait vraiment arrangé tout le monde.

c’est le nom de la fosse plus ou moins sceptique installée entre moi et ce qu’on a commencé à me demander d’être quelques mois avant ma naissance.

TRANS c’est le nom de la différence entre la chose étrange mouvante et pas finie que je suis et le projet un peu ambitieux de faire coïncider la multiplicité foisonnante des formes de vies animales en deux catégories douteuses. c’est le nom d’un défaut structurel d’imagination.

Cette distance, ce trou, cet écart, entre la norme et moi, n’existe que par rapport à cette norme. Si la norme disparait il n’y plus rien pour être entre, pour être en dehors, il n’y a plus d’écart, plus rien à nommer.

Je suis pas trans dans la forêt.

Dans la forêt,

je suis une chose qui devient d’autres choses, qui meurt

qui parfois chante un peu, pense un peu, parfois danse, parfois pleure, parfois dort.

Je n’ai rien à prouver aux politiques sylvestres.

On transitionne ensemble.

Le devenir forêt du monde, c’est un peu plus qu’un amoncèlement de biomasse qui fait respirer une bande d’hétérotrophes en mal d’amour. C’est peut-être, plutôt, une désidentification radicale, par les racines.

Je suis trans avec toi tant que t’es pas à la hauteur de l’amitié des arbres.

Et j’ai besoin de toi dans ma forêt.

Une réflexion sur « JE SUIS PAS TRANS DANS LA FORÊT »

  1. se tenir entre
    sur le pas de l’antre
    à mi-chemin de l’âme et de l’animal
    sur le perron du vif
    à cheval entre le vide et la plainte
    la vie et le plein d’essence
    être au carrefour de soi-même
    tâche interstitielle
    ni nuage/ni ciel
    celle qui plonge dans le bleu et vogue sans vague
    vague à l’âme alarmée
    alarme des larmes glissant entre ta peau d’hier
    et ta cicatrice de demain
    la main tendue et fière
    pionnier de chair
    est-ce un homme, est-ce une femme ?
    une chimère, un drame
    un drap me happe
    fantôme abscons d’un hier revisité
    fantasme affable d’une aura affublé
    une lanterne à la main, je cherche encore

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