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Où trouver PD La Revue ?

PD La Revue est avant tout un outil pour se rencontrer et échanger entre pédales. Alors on organiser des apéro, des discussions, des lectures et des rencontres! Lors de ces moments vous vous trouver la revue à prix libre et en causer avec celleux qui font vivre le projet! Pour avoir ces info, écrivez nous ou suivez nous sur fb, twitter ou instagram. On dépose aussi la revue dans quelques lieux, des libraires, des bars, des centres sociaux ou des squats. On cherche à privilégier un maximum des espaces de diffusion à prix libre mais pour la plupart des librairies ce n’est pas possible. Faites nous signe si vous avez des idées ou laissez quelques numéro!

A Paris :

Librairie Les Mots à la bouche au 6, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie , 4 euros, https://t.co/WBMCqAg5dQ,

Libraire le Rideau Rouge à Marx-Dormoy, 42 rue de Torcy, 4 euros

https://t.co/6mrOFiWOzL

Bar Le Saint Sauveur, 11 Rue des Panoyaux

A Saint Denis :

Librairie Folies d’encre, 14, place du Caquet, prix libre

https://t.co/DaGjnBXXJu

A Montreuil :

Café Librairie Michèle Firk, 9 Rue François Debergue.

A Marseille :

Librairie de Manifesten, 59, rue Thiers, 3 euros

Librairie L’Hydre aux mille têtes, 96, rue Saint-Savournin, 4 euros

Transitlibrairie, 45, boulevard de la Libération, 4 euros

A Toulouse :

Libraire Terra Nova, 18 rue Gambetta

https://www.librairie-terranova.fr/

Le Kiosk, librairie et bibliothèque associative, 36 rue Danielle Casanova.

https://radar.squat.net/fr/toulouse/le-kiosk

A Nantes :

A NOZIG, CenttreLGBTQI+ 3 Rue Dugast Matifeux, prix libre

http://www.nozig.fr

Pendant les permanences mensuelles des Dévoreuses, bibliothèque féministe de la Trousse à Outils

https://www.facebook.com/la.trousse.a.outils

A Lyon :

Libraire Terre des livres, 6 rue de Marseille, prix libre

Libraire le Bal des ardents, 17 rue Neuve, 4 euros

Librairie Ouvrir l’oeil, 18 rue Capucins, 4 euros

Grenoble :

Centre social autogéré la BAF, 2 chemin des Alpins à Gre. https://labaf.org/ 

Rennes :

ISKIS, Centre LGBTI+, 6 rue Saint Martin, http://iskis.org/

Lille :

J’En Suis, J’Y Reste – Centre Lesbien Gay Bi Trans Queer Intersexe et Féministe de Lille Nord – Pas de Calais – 19 rue de Condé à Lille (France) http://www.jensuisjyreste.org/

Charlevilles Mezière :

Librairie Chez Josette, 5 Rue de l’Arquebuse. http://chezjosette.org/

Bruxelles :

Distribution main à la main dans les rues et les jardins, à l’heure du thé généralement…contactez nous pour plus de détails!

et la suite à venir…

NB1 : sur les tarifs, on essaie de pousser le prix libre partout où c’est possible, mais certains lieux de diffusion exigent un prix fixe, qu’on essaie alors de limiter pour que la revue reste accessible au maximum.

NB2 : n’hésitez pas à nous contacter pour participer vous aussi à la diffusion de la revue prête de chez vous, ou pour obtenir des revues, en nous écrivant à revuepd@protonmail.com

LA CULTURE QUEER MAROCAINE EXPLIQUÉE À FRANÇOIS

Ceci est mon histoire avec celui que j’appellerai François. Que j’ai rencontré dans un événement LGBTQI+ dont je ne citerai pas le nom.  Je vous épargnerai des détails. Des mots mal placés, des jugements, des compliments que je ne considère pas comme compliments. François ne représente pas un peuple ou une race. Ni une classe sociale ou une génération. François ne représente que lui-même. Mais il n’est pas le seul à faire ce genre d’amalgame. À dire ces mots qui blessent ! 

Ta vie ne doit pas être facile au Maroc. 

Je sais que l’islam est une religion difficile. 

Pourquoi tu restes au Maroc? 

Pourquoi ne pas aller en France?

Les Marocains sont beaux mais malheureusement ils ne cherchent que de l’argent. Les marocains sont chauds mais ils ne sortent avec des français que pour avoir des papiers. 

Cher François, 

Dix mois plus tard, j’ai enfin pu exprimer mon opinion sur tout ce que tu me disais. J’ai enfin compris que tu exerçais du pouvoir sur Moi, en faisant semblant d’être un ami. Un allié. Une amitié franco-franco-marocaine à la française !

Une sorte d’intellectualisation francophone, White, homo-nationaliste.

Une alliance perdue d’avance.

Non. Nous ne sommes pas les mêmes François.

« Loin d’être le plus beau pays du monde, le Maroc ne peut être qu’un enfer pour les personnes Queer. Homophobie d’état, à cause d’un petit cadeau laissé par la colonisation française. 

Homophobie du peuple, à cause de l’absence d’une voix Queer entendue au sein de la société. »

Moi, en étant marocain vivant au Maroc, j’ai le droit de dire ce que je dis, parce que je viens de ce Maroc. Je viens de ce putain de terrain que j’ai choisi pour militer. Dans un contexte difficile et compliqué depuis des années, je me bats. Je ne fais pas la morale aux autres. Je fais ! 

Je crois comme toi aux valeurs universelles monsieur François. Je rêve d’un monde meilleur en Iran, mais je n’ai pas de leçons à donner aux activistes là-bas. Si tu vois ce que j’ai envie de dire. Je leur dois du soutien. Seulement du soutien. Je rêve d’une France plus inclusive, mais je ne maîtrise pas le contexte français pour leur trouver des solutions. Je ne vis pas en France. 

Ce que tu sais François, c’est que je viens d’un pays qui criminalise les rapports homosexuels d’une peine qui peut aller jusqu’à 3 ans de prison. Mais ce que tu ne sais peut être pas, c’est que celui qui a rédigé cet article est de ton pays. Cest Le Général Lyautey. Lui-même ouvertement gay, Au moment où être gay n’était plus un crime en France. 

Ce que tu ne sais peut être pas, c’est qu’au moment où le genre était très binaire et normatif chez Toi, nous avions une culture transformiste populaire très présente au sein de notre Maroc. Travelo, Drag-queen… ça n’existait pas à l’époque là-bas ? Hein ? Pas encore ? (Je te suggère The sea is behind, un film de Hicham Laasri).

Bidaoui. Bchaib Bidaoui. Je t’ai longtemps parlé de ce grand monsieur. De cette grande dame. Méconnue chez les personnes Queer de mon pays. Effacée. Un peu déracinée, Bchaib Bidaoui est une icône Queer. Combattante pour la culture transformiste populaire. Et résistante contre la colonisation française. à l’époque, elle chantait l’amour, la nation et la liberté. 

– Comment peut-il y avoir une icône Queer au Maroc, puisqu’il n y a pas d’histoire queer chez vous ? m’as-tu dit. 

Tu te souviens François, tu te souviens, toi qui dévores des livres, je t’ai parlé de cet écrivain ouvertement homosexuel au Maroc. Abdellah Taiaa. Tu as lu les dix premières pages de son livre L’armée du salut. Tu l’as jugé. Tu ne l’as pas écouté. Écouté son histoire. Ses mots. Ses maux.

Je n’aime pas son style. Il est très évident. Ses phrases sont courtes. Très photographiques. Il est connu pour son homosexualité je crois. as-tu dit.

Et quand je t’ai parlé de ces marocains, hommes,  qui se sentent habités par des femmes et qui font le pèlerinage Queer à Sidi Ali Ben Hamdouch. Je les ai défendus et défendu leur identité de genre.

Et pourquoi nous n’avons pas ce genre en France ? m’as-tu demandé ironiquement. 

La France, la France. La France. Encore et toujours. François. Tu refusais de voir mon Maroc. D’accepter le Marocain en moi. 

Je ne suis pas radical François. Tout simplement, je crois à l’intersectionnalité des combats et à l’indépendance des combattants. 

Et puis François, pour répondre à une de tes questions, les marocains ne sont ni moins beaux ni plus beaux. Les marocains sont marocains. Point à la ligne.

Queer marocain que je suis, je défendrai toujours la richesse et la pluralité de ma culture. Je continuerai à penser que les lois liberticides d’origine coloniale, sont responsable de la situation des personnes Queer aujourd’hui. 

Le changement viendra de nous. Nous les Zwamel. De notre héritage verbal, de nos belles histoires Queer oubliées depuis des années.

J’écris ce texte pour toi, en pensant à toutes les personnes Queers de mon pays, qui sont parties sans vivre leurs vies comme elles la voulaient. Au nom de toutes les personnes arrêtées par cet article maudit qui criminalise les rapports homosexuels, rédigé par un pays qui décriminalisait déjà l’homosexualité chez lui !

Je n’ai plus besoin de toi François, je m’en sors tout seul. Avec mes semblables. Notre combat de tous les jours est difficile, mais juste. Simple mais présent. 

Ton existence avait une couleur dans ma vie. Une couleur blanche. Moi qui la voulait colorée. Moi qui la voulait nuancée de toutes les couleurs d’arc en ciel !

NB: la première opération chirurgicale du changement de sexe d’une personne française, a eu lieu au Maroc. à Casablanca en 1956. Et c’était Coccinelle. Ta star préférée ! 

Marocainement Queer en toute liberté,

Sofiane H. 

BARRETTE MANIFESTO

Julia Serano est une femme trans, une écrivaine et une militante états-unienne. Le texte ci-dessous, extrait de Whipping Girl, est traduit par nos soins. D’autres sont disponibles en français sous le titre Manifeste d’une femme trans.

Hé les filles, devinez quoi !?! Ça a enfin été prouvé scientifiquement : les barrettes sont dangereuses !!! De même que les bracelets et autres breloques. C’est un fait. Et ne vous laissez pas duper par ce macho trapu qui essaiera de le nier, en prétendant qu’il trouve juste que les « trucs de filles » sont barbants ou frivoles. Parce que c’est une réalité. Parce que dès l’instant où vous demandez à un mec de tenir votre sac à main, il commence à s’agiter, comme si l’objet grouillait de vermine, en le tenant le plus à l’écart possible de son robuste corps. Parce que les « trucs de filles » sont fabriqués avec l’équivalent genré de la Kryptonite.

Sérieusement, il suffit d’entrer dans un magasin Sanrio et de regarder tous les papas plantés là comme des arbres pétrifiés, tels des daims pris dans des phares Hello Kitty. Ou d’observer ces garçons adolescents qui achètent des fleurs à leur copine, essayant de paraître le plus désinvolte possible en demandant à le/la fleuriste une douzaine de « n’importe quoi ». C’est pour ça qu’ils achètent toujours des roses. C’est pour ça que les bagues de fiançailles sont toujours des diamants. Ces trucs n’ont rien de romantique. Ce sont juste des clichés : les seules fleurs et les seuls bijoux dont la majorité des hommes peut admettre connaître le nom. Et dieu vous garde de demander à votre mari de vous ramener une boîte de tampons ! (Et oui mec, en effet, le/la caissier/ère pense vraiment que c’est pour toi que tu les achètes.)

Les « trucs de filles » sont dangereux, et je suis bien placée pour le savoir puisque je suis un agent double. Voyez, j’ai vécu la plus grande partie de ma vie en tant que garçon et je dispose d’informations internes, directement sorties des chambres closes et des dortoirs masculins. Merde, j’ai même participé une fois à un enterrement de vie de garçon, alors je sais de quoi je parle. Et j’ai un plan de bataille pour une absolue égalité sexuelle, mais là-dessus vous devez me croire. Vous voyez, les féministes ont permis aux femmes d’explorer ce qui était habituellement considéré exclusivement comme le monde des hommes. Mais il n’y aura pas de réelle égalité tant que les hommes ne s’empareront pas des trucs de filles de la même manière.

Donc voilà le plan : si vous voulez que votre petit ami vous traite avec respect, faites-lui savoir que vous ne coucherez plus avec lui tant qu’il ne portera pas de barrettes dans les cheveux. Et je ne parle pas d’un petit trip coquin dans le secret de votre chambre à coucher ! Faites-lui porter pour aller au travail ! La prochaine fois qu’il achètera une paire de chaussures, assurez-vous qu’il s’agisse de Mary Janes (et n’oubliez pas les soquettes blanches à dentelle qui vont avec). Parce que dès l’instant où il se rendra compte du pur bonheur de porter une frivole robe rose à froufrous, il se détendra peut-être enfin un peu, et commencera à perdre sa rigide arrogance masculine. Et peut-être qu’une fois qu’il aura baissé sa garde, il observera le monde et réalisera qu’il ne tourne pas autour de lui.

Vous trouvez peut-être ça drôle, mais ça n’a rien d’une blague. Les « trucs de filles » sont dangereux, alors utilisons-les à notre avantage ! Vraiment, nous pouvons changer le monde !

Parce que si les ouvriers des chantiers étaient suffisamment hommes pour porter talons et jupes, ils ne siffleraient pas les femmes qui passent dans la rue. Et si les rockeurs et les rappeurs misogynes étaient suffisamment hommes pour pleurer devant un mélodrame, ils n’auraient pas besoin de se masturber partout sur leurs micros. Et si les présidents et les généraux étaient suffisamment hommes pour mettre rouge à lèvre et mascara, ils n’auraient pas à prouver la taille de leur pénis en provoquant des guerres sans arrêt. Parce que l’honneur masculin n’est pas vraiment une question d’honneur. C’est une question de peur : la peur d’être perçu comme féminin. C’est pour ça que les « trucs de filles » sont si dangereux. Et tant que la plupart des hommes en auront une peur mortelle, ils continueront à nous le faire payer.

Lutter contre l’homophobie, lutter contre l’islamophobie : une double évidence

Par Jérôme Martin (texte initialement publié sur le blog Médiapart « Vendeur-ses de haine » le 4 novembre 2017.

Alors que mes engagements contre l’islamophobie et les LGBTI-phobies me valent régulièrement des messages de haine sur Twitter, je reviens sur mon parcours et explique pourquoi mener ces luttes est pour moi une évidence.

Sur mon compte Twitter, j’ai indiqué que j’étais adhérent au Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et ancien militant d’Act Up-Paris1. J’y précise mes engagements contre le sida, pour les droits des personnes lesbiennes, bies, gaies, trans, intersexes (LGBTI+).

Ces engagements multiples me semblent une évidence. Non que j’assimile l’homophobie à l’islamophobie. Je ne suis pas musulman, et ne peux donc parler à la première personne de l’islamophobie. Je suis pédé – terme que je préfère à « gay » ou « homo » car il récupère et détourne la violence homophobe des insultes – et peux parler à la première personne de l’homophobie que j’ai dû combattre. Islamophobie et homophobie répondent à des logiques différentes, qu’il ne faut pas assimiler. La première par exemple est directement liée au passé colonial de la France, au refus de l’affronter en tant que tel ; homophobie et racisme colonial ont des rapports2, mais beaucoup moins directs.

Dans les années 90 et le début des années 2000, mes expériences de l’homophobie et de la lutte contre le sida m’ont appris à me méfier des rappels à l’universalisme républicain visant à disqualifier les revendications et les combats des personnes que la République oubliait, négligeait, maltraitait.

En refusant de reconnaître les unions homosexuelles tout au long des années 90, cette République a permis à la famille de mon ex de nous interdire, à son compagnon de l’époque et à moi, l’accès à son enterrement quand il est mort du sida. Ce compagnon n’a pas pu retourner dans l’appartement dont le bail n’était pas à son nom. Nous n’avons pu récupérer aucun souvenir intime de la personne que nous avions aimée. Voilà mon expérience de l’ « universalisme républicain ».

Cette République a permis par l’indifférence de ses représentant.e.s une hécatombe qui aurait pu être évitée si des mesures avaient été prises plutôt : si l’échange de seringues et la réduction des risques pour les usager.e.s de drogues avaient été mise en place dès les modes de transmission du VIH connus, si les droits indispensables avaient été accordés aux personnes trans, si l’épidémiologie française les avait prises au moins en compte, si la répression envers les travailleur.euse.s du sexe avait cédé la place à l’écoute et la reconnaissance, si des campagnes de prévention n’avaient pas été censurées au motif qu’il ne fallait pas faire de « prosélytisme homosexuel » (argument qui n’était en rien limité à l’extrême-droite), etc. C’est peut-être ce dernier point qui révèle toute l’hypocrisie de ce discours universaliste : pendant une décennie, les pouvoirs publics ont refusé de financer des spots de prévention mettant en scène des homos, sous prétexte qu’il fallait s’adresser à tout le monde. Ils indiquaient ici que les homos ne faisaient pas partie de l’universel, et, en refusant de décliner les identifications et les cibles, contribuaient à rendre les gays, les trans, les usager.e.s de drogues plus vulnérables à la pandémie.

Le mot « universel » m’a particulièrement mis en colère au moment du vote de la Couverture Maladie Universelle en 1999. Présentée comme un progrès – ce qu’elle était dans une large part – la CMU excluait de la gratuité totale des soins les bénéficiaires de l’Allocation Adulte Handicapée, vivant pourtant au-dessous du seuil de pauvreté ; ainsi que les sans-papier.e.s, cantonné.e.s à un sous-dispositif financé non par la Sécurité sociale, mais par l’État : l’Aide Médicale d’État.

J’ai très vite appris à me méfier aussi du mot « communautarisme », terme vide de sens. Aujourd’hui, l’accusation de « communautarisme » est en général réservée aux seul.e.s musulman.e.s, notamment quand ils et elles demandent légitimement à la République les mêmes droits et la même protection face aux discriminations. Mais elle a aussi été opposée par le passé aux gays et aux lesbiennes. Act Up-Paris a souvent été accusée de communautarisme pour vouloir défendre l’égalité des droits, notamment à la fin des années 1990 au moment des débats sur le Pacs, ou au début des années 2000, quand nous étions parmi les rares organisations à réclamer l’ouverture du mariage.

Mon engagement dans la lutte contre le sida m’a aussi permis de constater la réalité du racisme institutionnel, notamment celui de l’État. Ce racisme, que continuent à nier les grandes associations comme la Licra ou SOS-Racisme, les éditocrates « progressistes » comme Raphaël Enthoven autant que les réactionnaires, est pourtant indéniable dès lors qu’on se penche sur des données de santé. Comment qualifier ce qui conduit un État à expulser, malgré la loi, des personnes gravement malades dans des pays où elles et ils ne pourront se soigner ? Comment expliquer qu’à niveau social égal, des personnes migrantes soient plus exposées au sida, au retard dans le dépistage du VIH ou du cancer du sein, au saturnisme ?

J’ai aussi pu constater la réalité d’un sexisme structurel et ses conséquences dans la lutte contre le sida et pour la santé des femmes : sous-représentation, voire absence de celles-ci dans les protocoles de recherche, et donc sous-estimation des effets secondaires des traitements sur leur corps ; impact de la domination masculine sur la prévention et la prise en charge ; etc.

Lutter contre le sida m’a donc permis de prendre conscience des limites de cette République, et de l’hypocrisie de celles et ceux qui, au motif d’une devise qui fixe comme objectifs l’égalité, la liberté, la fraternité, veulent empêcher à coup de mots comme « universel » et «communautarisme» que s’expriment celles et ceux dont la situation prouve que cet objectif n’est pas atteint, au profit d’une minorité de privilégié.e.s.

Un de mes slogans préférés à Act Up-Paris est « Solidarité des minorités » que l’on peut décliner (pour peu qu’on trouve des rimes en ‘é’) : « putes, pédés, drogué.e.s, immigré.e.s, solidarité des minorités » ; « trans, goudou, prisonnier.e.s, drogué.e.s etc. ». J’ai conscience du risque de confiscation de la parole qu’il peut poser : sous prétexte d’une expérience commune d’une forme d’oppression, on parle au nom de toustes les opprimé.e.s en masquant les rapports de force au sein des minorités, qui vont amener les mêmes, les gays cis blancs, à parler à la place des autres. Il n’en reste pas moins que, utilisé en ayant conscience de ce risque, ce slogan est une bonne réponse au discours républicain faussement universaliste, qui permet notamment de rappeler que l’universalité blanche, cis, masculine, valide et hétéro n’est en fait qu’une minorité assise sur des privilèges.

C’est avec cette conscience politique que je suis devenu enseignant à la rentrée 2002. Mon stage s’est déroulé à Creil, au collège Gabriel Havez, là où éclata la « première affaire du voile », là où furent les premières victimes de l’islamophobie institutionnelle (en tout cas victimes médiatisées), des élèves musulmanes. À la suite du 11 septembre, de la victoire de Jean-Marie Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle, le terrain était fertile pour une explosion d’islamophobie – déjà bien présente dans les années 1990. Les débats sur l’école étaient dominés par ce qui allait devenir la loi de 2004 portant interdiction des signes religieux ostensibles à l’école – pour ne pas être hypocrite : la loi interdisant le voile dans les établissements scolaires.

Je crois que c’est la première fois que j’ai alors rencontré le mot  « islamophobie ». Le sujet ne m’était pas inconnu. Lors de l’année scolaire 1990-1991, une « affaire du voile » éclata au lycée où j’étais élève, le lycée Saint-Exupéry à Mantes-la-Jolie. Le conseil d’administration, où j’étais élu, ne prononça pas l’exclusion des jeunes filles concernées, contrairement à ce qui passa dans le même établissement quatre ans plus tard. Mais je fus frappé par la violence des débats, qui mêlaient injonction à la laïcité (alors même que l’école m’avait appris que celle-ci n’empêchait pas l’expression religieuse des élèves), considérations pratiques absurdes (« D’ailleurs, le voile bloque l’audition. Comme les cheveux longs, peut-être faudrait-il leur imposer un serre-tête pour qu’elles entendent bien »), invocation du féminisme pour imposer à des femmes une manière de s’habiller, etc.

Quand la question a de nouveau mobilisé les débats nationaux à partir de 2002, elle ne m’était donc pas totalement étrangère. Mon combat à Act Up-Paris m’a vite permis de me faire une idée du fonds politique de ceux et celles qui, comme contre les homos et les trans, invoquaient l’universalisme et la lutte contre le communautarisme pour justifier leur racisme.

J’ai été particulièrement frappé des stratégies de disqualification de la parole des premières concernées, les femmes musulmanes, qui me rappelaient celle à laquelle se sont heurté.e.s et et se heurtent encore les militant.e.s de la lutte contre le sida.

D’une part, les débats publics, les reportages, les plateaux télé parlaient la plupart du temps d’elles, sans elles. Dans le meilleur des cas, un documentaire leur accordait une place, mais pour un seul témoignage individuel. On leur niait la capacité à avoir une expertise propre sur le sujet et la législation qui les concernait. C’était un phénomène bien connu à Act Up-Paris – et dans la lutte contre le sida. Les journalistes nous contactaient pour avoir des témoignages individuels de personnes vivant avec le VIH illustrant une chose déjà décidée (ils et elles avaient parfois des demandes précises : « un couple homo dont l’un est séropositif et qui veut un enfant »), tout en refusant le point de vue politique de fond de l’association ou des personnes. Résultat : des « expert.e.s » discourent sur des témoignages, et les premier.e.s concerné.e.s ne peuvent leur répondre.

Quand la parole de ces femmes musulmanes est prise en compte, quand elles ne sont pas réduites au silence, on la disqualifie en les faisant passer pour victimes ou coupables. Victimes : elles subissent la pression de leur entourage masculin et ne savent pas ce qu’elles disent. Coupables : elles sont complices du sexisme, de l’islamisme, des atteintes à la laïcité, du terrorisme, et on ne saurait donc accepter leur parole.

« Victime / coupable », cette médaille à deux faces de la disqualification de la parole des premier.e.s concerné.e.s, la lutte contre le sida la connaît bien. Voici ce qu’en disait par exemple Act Up-Paris, en 2000, à propos des femmes vivant avec le VIH : « Coupable/victime, le couple est classique et bien connu des pédés et des toxicos séropos. On y enferme ceux que l’on ne veut pas vraiment entendre. Il a pour effet d’accentuer les discriminations, plutôt que d’aider à trouver les moyens de lutter contre elles. Comme il a pour effet d’occulter, plutôt que de traiter, les problèmes réels : les difficultés d’accès aux soins, les problèmes posés par les effets secondaires des traitements ou le manque de ressources et d’autonomie dont souffre une part importante des femmes. »

Injonction à l’universalisme républicain, accusation de « communautarisme », disqualification de la parole des premier.e.s concerné.e.s : je retrouvais dans ces débats les ingrédients de l’oppression que la République et les défenseur-ses de ses inégalités avaient manifesté auprès des minorités exposées à l’épidémie de VIH/sida, assaisonnés cette fois-ci à la sauce islamophobe.

Mon engagement à Act Up-Paris ne m’a pas permis de me consacrer pleinement à la lutte contre l’islamophobie à l’école, en dehors d’intervention en salle des profs ou en réunions syndicales. En 2014, après 15 ans à Act Up, je décide de passer à autre chose.

En 10 ans, la loi de 2004 a montré toute sa nocivité : déscolarisation de jeunes filles, extension du devoir de neutralité à tous les aspects de la tenue des élèves (le ruban islamiste, le chouchou islamiste, la jupe islamiste, le tatouage au henné islamiste, le vernis à ongle islamiste, etc.) et génération de nouveaux conflits, de nouvelles exclusions (alors que la loi de 2004 avait été présentée comme une loi de pacification), extension du devoir de neutralité aux mères accompagnant les sorties scolaires, etc.

La récupération de la laïcité par le Front national et l’UMP3 n’a pas trouvé l’opposition qu’elle méritait à gauche. Bien au contraire, des éditorialistes, des responsables politiques dits de gauche l’ont accompagné contribuant à rendre de plus en plus respectable un racisme sous couvert d’une laïcité dévoyée.

Il reste une dernière raison, sans doute la plus importante, pour laquelle lutte contre l’homophobie et lutte contre l’islamophobie sont pour moi liées. De la même manière qu’elle a opéré une main-mise sur la laïcité, influençant son dévoiement raciste sur tout l’échiquier politique et médiatique, Marine Le Pen a entrepris une instrumentalisation raciste de la lutte contre l’homophobie (et le sexisme) qui est largement reprise par le spectre « républicain ». Parti homophobe, opposé aux droits des LGBT, qui défend des mesures dangereuses pour la lutte contre le sida, le FN a cependant pu séduire de nombreux gays par un discours faisant des étrangers et des musulman.e.s les uniques responsables de l’homophobie.

Comme pour la laïcité, une telle opération aurait été impossible sans une large acceptation de nombreux.euses politiques, notamment du front « républicain ». Ainsi, l’été 2016, Manuel Valls avait-il, avec des maires de droite-extrême, pris comme alibi les droits des femmes et la laïcité pour persécuter des femmes musulmanes sur les plages françaises. Pourtant, deux ans plus tôt, il se rendait responsable de graves atteintes à la laïcité, aux droits des femmes et des personnes LGBTI. Au printemps, il se rendait au Vatican et y annonçait que son gouvernement ne tiendrait pas l’engagement d’ouvrir la PMA aux lesbiennes. Il donnait ainsi des gages aux papes et aux lobbys chrétiens en s’asseyant sur la loi de 1905. Quelques mois plus tard, son gouvernement mettait fin à l’expérimentation des ABC de l’égalité à l’école – qui visait à lutter contre le sexisme et l’homophobie sur la base des études en genre. Le retrait d’un outil pédagogique pour satisfaire des lobbys religieux ne s’était pas vu depuis 1886.

Valls a donc instrumentalisé la laïcité, les luttes contre l’homophobie et le sexisme à des fins racistes. Lui et ses soutiens intellectuels et militants – Fourrest, Bouvet, le Printemps Républicain, le Comité Laïcité République, etc. – portent une lourde responsabilité dans la traduction républicaine des idées d’extrême-droite concernant l’homophobie.

Affirmer que le sexisme ou l’homophobie n’est le fait que des musulman.e.s ou des des étrange.r.e.s est bien évidemment islamophobe, donc raciste, et xénophobe. Mais c’est aussi homophobe et sexiste, puisque cela nie que ces oppressions traversent toute la société, et non un groupe déterminé, et empêchent donc les mesures qui s’imposent. L’attention presqu’exclusive portée à l’homophobie chez des musulman.e.s s’accompagne d’une sous-estimation systématique de celle qui s’exprime dans le reste de la société : la très grande bienveillance avec laquelle on accueille dans les médias les représentant.e.s de la Manif pour tous pour cracher sur les lesbiennes, le relai des arguments de ces groupes LGBT par des hommes politiques de gauche comme José Bové, par des médias comme Charlie Hebdo.

Manuel Valls, qui portait aux primaires du PS le programme de cette « gauche » le plus navrant pour les droits des LGBTI, a reçu comme partenaires à plusieurs reprises les représentant.e.s de la Manif pour tous, n’a jamais condamné leur homophobie et s’est rangé à leurs arguments en matière de PMA et de droits des trans. Qu’il utilise les combats d’émancipation pour stigmatiser les musulman-est donc aussi bien islamophobe que sexiste et homophobe.

Le 20 novembre 2012, au soir, je lutte pendant une longue quinzaine de minutes contre l’idée d’en finir avec ma vie après la première grande manifestation de la Manif pour tous et la proposition de François Hollande d’accorder aux maires une « liberté de conscience » et refuser de marier les homos. Sur Twitter ce soir, on ironise encore sur ce passage de ma vie, sur le surtaux de suicides des homos. Et mon appartenance au CCIF reste le prétexte à restreindre l’homophobie aux seul.e.s musulman.e.s. Quelques mois auparavant, je suis agressé par des hommes blancs, non musulmans, qui me passent à tabac aux cris de sale pédé. Quelques jours d’hospitalisation et 15 jours d’ITT. Hier, la co-fondatrice du mouvement républicain « Viv(r)e la République », après m’avoir réduit à mon homosexualité, me souhaite de subir la loi islamique, puis me rend responsable des crimes de Daesh à l’égard des homos.

Oui, lutter contre l’islamophobie est indispensable quand on lutte contre l’homophobie, car on ne peut combattre cette dernière sans dénoncer l’instrumentalisation raciste de cette lutte, qui l’entrave.

Oui, je combats l’islamophobie et l’homophobie, et j’en suis fier.

1Ce texte, comme mes tweets, n’engagent que moi.

2Lire notamment Mâle Décolonisation de Todd Sheppard, Editions Payot, 2017

3Lire La laïcité falsifiée de Jean Baubérot aux éditions La Découverte

JE SUIS PAS TRANS DANS LA FORÊT

par Loup

TRANS c’est le nom d’un trou. c’est le nom d’un fossé, un écart.

TRANS c’est le nom de la distance qui me sépare d’un ensemble de fictions situées qui ont échoué à traiter mon cas.

c’est le nom de l’espace qui est juste là, autour de moi, entre mon corps et le succès de l’hétéropatriarcat.

TRANS.

ce mot/espace prend parfois le rôle d’un pare-feu salutaire, comme une sorte de bouclier magnétique, une technologie post-quantique qui me protègerait d’un milieu inadapté à mes modalités d’existences.

une pokéball autogérée qui par intermittence propulse sa qualité de membrane cellulaire diplomatique en une sorte de devenir muraille un peu flippant.

TRANS c’est le nom d’une bouée, d’un satellite, d’un tram qui longe le périph, d’une ceinture d’astéroïdes, de la couche de pesticide sur la peau d’une pomme dubitative, le nom des douves d’un château fort qui process sa vulnérabilité, du corps éthérique de Beyoncé quand elle prend une pause, du bruit de la fête chez les voisines d’en bas qui fait comme une berceuse techno un peu cosy.

c’est pas moi.

ça me longe, ça m’entoure, ça se frotte à moi, ça m’épouse, ça me fait frissonner, ça me tient chaud dans l’eau des rivières aux printemps, ça se déplace à ma surface, mais c’est pas moi.

TRANS c’est le nom d’un rapport entre le monde et moi. le nom d’une balise qui dit ‘c’est pas par là’, c’est un trigger warning, un panneau sur lequel on a écrit ‘attention à la marche’.

c’est un peu ma meilleure copine, mon ange gardien rémunéré, une sorte de contrôleuse RATP qui déciderait de pas me verbaliser sans dire à ses collègues que j’avais pas de ticket.

TRANS c’est le nom de l’animal qui nage/court/vole/rampe avec moi dans la rue pour prévenir la dame de garder sa question pour elle.

C’est le nom d’une technologie de médiation capable de faire raconter des histoires qu’on avait apprises à pas dire à l’école.

Je suis pas trans dans la forêt.

Je suis trans tant que tu continues à opérer une corrélation entre un appareil génital, un pronom, une géographie des poils et un rôle social.

TRANS c’est le nom de ce que tu vois de moi tant que t’as pas appris à me voir moi.

C’est un beau nom. Un nom de feu et de serpent sacré.

TRANSsssss

c’est le nom de l’écart entre moi et ce qui aurait été plus simple que je sois, franchement ce qui aurait vraiment arrangé tout le monde.

c’est le nom de la fosse plus ou moins sceptique installée entre moi et ce qu’on a commencé à me demander d’être quelques mois avant ma naissance.

TRANS c’est le nom de la différence entre la chose étrange mouvante et pas finie que je suis et le projet un peu ambitieux de faire coïncider la multiplicité foisonnante des formes de vies animales en deux catégories douteuses. c’est le nom d’un défaut structurel d’imagination.

Cette distance, ce trou, cet écart, entre la norme et moi, n’existe que par rapport à cette norme. Si la norme disparait il n’y plus rien pour être entre, pour être en dehors, il n’y a plus d’écart, plus rien à nommer.

Je suis pas trans dans la forêt.

Dans la forêt,

je suis une chose qui devient d’autres choses, qui meurt

qui parfois chante un peu, pense un peu, parfois danse, parfois pleure, parfois dort.

Je n’ai rien à prouver aux politiques sylvestres.

On transitionne ensemble.

Le devenir forêt du monde, c’est un peu plus qu’un amoncèlement de biomasse qui fait respirer une bande d’hétérotrophes en mal d’amour. C’est peut-être, plutôt, une désidentification radicale, par les racines.

Je suis trans avec toi tant que t’es pas à la hauteur de l’amitié des arbres.

Et j’ai besoin de toi dans ma forêt.

Que tous les mecs hétéros aillent se faire enculer

Il est 12h24, je reviens d’une journée de rangement du week-end Placard Backroom, un week-end BDSM sur Grenoble. J’ai participé à des ateliers, j’en ai animé un de tatouage, j’ai participé à la play party. En fait il y a plein de choses qui se bousculent, des choses très politiques, mais il y a quelque chose de très organique que j’ai vécu à ce moment-là.

Il y a eu cette scène, peu importe ce qui s’est passé j’en dirai pas plus, mais j’ai vécu un moment de non-mixité pédé. C’était la première fois que ça m’arrivait. J’étais tellement excité, je sais pas si c’est parce qu’ils étaient tous canons ou parce que je me sentais le bienvenu dans leur érotisme. Je ne m’attendais pas à être aussi bien, et pourtant, au milieu de tous ces corps très différents, des mecs qui avaient des chattes, des mecs qui avaient des bites, des mecs qui avaient des seins, des mecs qui avaient du gras, qui avaient des poils, des mecs avec les cheveux longs, des mecs avec du vernis… Je me sentais sexy, et c’était super intense.

Je me suis senti validé comme pas souvent je me sens validé, dans quelque chose de recherche identitaire, peut être un peu personnel illusoire, futile, pas forcément utile à la lutte des classes, mais qui n’empêche occupe une partie de mes pensées.

Je suis revenu aujourd’hui pour nettoyer, et je me sentais bien. Je me suis fait la réflexion que j’avais toujours les mêmes comportements quand je me sentais bien à un endroit. Je revenais sur mon vélo et j’étais sur un petit nuage, j’avais de la musique dans les oreilles, et là en allant au lieu j’écoutais « Le temps est bon » d’Isabelle Pierre.

Je m’étais habillé avec encore plus de flamboyance que d’habitude. J’ai ressorti ce short taille haute qui s’arrêtait au ras des fesses, qui moulait vraiment, que j’avais acheté un été de canicule. La dernière fois que je l’avais vraiment porté, c’était quand j’étais une fille. Il est resté au fond de mon placard pendant longtemps, et ça fait des mois, depuis que la chaleur est revenue que j’hésitais à le mettre, ce short. Je l’ai porté pour une performance de Drag King mais c’était pas pareil, c’était un spectacle.

Ce moment collectif de pédés ça m’a donné envie de le mettre parce que j’avais envie d’être vu, j’avais envie de montrer que je connaissais ces codes, j’avais envie d’être désirable auprès de ces mecs. Et du coup j’ai mis ma casquette rose à paillettes, j’ai mis une petite chaîne autour de mon cou, un débardeur, des chaussettes hautes, mais surtout ce short, qui moulait bien mon boule et je me sentais super vénèr et super classe. Et en y allant je me sentais en puissance. Pendant toute la journée de rangement, je me sentais beau, et les regards qui se posaient sur moi me trouvaient beau aussi.

C’est pas souvent que je me sens désiré par des mecs. S’il y a des mecs qui me désirent c’est pas de la bonne manière, c’est qu’ils désirent les restes de fille qu’il y a en moi. J’ai bien envie que des mecs me désirent pour une certaine forme de féminité, mais pas parce qu’ils me voient comme une fille, c’est pas le genre de regard que je veux attirer.

Mais dans ce regard-là, il y a eu vraiment ce truc de reconnaissance et de compréhension des codes, et je pense que maintenant que j’ai ces codes-là, ce genre de traductions ça me fait trop bander.

Et il a fallu que je parte, parce que je me sentais fatigué. Il y a Eliott qui m’a demandé si ça allait, de rentrer tout seul, et je lui ai dit que oui, j’avais que quelques centaines de mètres à parcourir pour aller chercher mon vélo. Quand je suis parti de la table, j’ai claqué mes fesses en leur disant au revoir, ça les a fait rigoler. J’étais bien jusqu’à ce que je sente que j’étais plus à leur portée de vue.

Et là je me suis mis à ressentir des sentiments de fille dans la rue. Tourner pour voir si personne ne me suivait, parce que c’était la nuit, parce que j’avais l’apparence d’un mec mais j’avais des seins, une casquette à paillettes et surtout un short qui me moulait le boule comme jamais. J’ai tiré dessus pour essayer de le rendre moins court, et je m’en suis tout de suite voulu de ne pas réussir à tenir, de trouver des stratégies de capitulation, de paix sociale. J’ai marché pour aller jusqu’à mon vélo, et il y a un groupe de mecs qui est passé. Ils m’ont abordé et ils m’ont encore demandé la question fatidique, si j’étais « une fille ou… », mais au lieu de compléter comme d’habitude par «… garçon », ils m’ont demandé si j’étais « une fille ou un pédé ».

J’ai trouvé ça cyniquement original pour une fois. J’avais pas l’énergie de leur répondre, la fatigue m’aurait trahi, mais ça m’a questionné sur la binarité du genre, et sur le fait qu’en étant visiblement pédé, j’étais dans une autre catégorie.

J’ai continué de marcher, en essayant d’adopter cette démarche de mec cis hétéro. J’ai accroché ma casquette à ma banane devant moi, pour essayer de cacher mes seins, de passer un peu plus dans cette rue, dans ce monde d’hommes. Je suis arrivé à mon vélo, et la sensation des clefs et du cadenas m’ont rassuré, parce que même si mes mains tremblaient, j’allais pouvoir me tirer vite.

J’ai mis Mon Dragon à fond dans mes oreilles et j’ai pédalé, j’ai pédalé, j’ai pédalé, jusqu’à ce que mes poumons me brûlent, jusqu’à retrouver les sensations de quand je toppais tous ces mecs, tous ces mecs dans la sueur, dans l’eau, au sol, dans plein de fluides, et c’était moi qui les dominais. Il y avait un autre mec qui co-toppait, mais à ce moment-là j’avais l’impression qu’il n’y avait que moi, et c’était moi qui étais en contrôle, et ça n’avait pas d’importance si à ce moment-là j’avais des seins sur mon torse ou plus ou moins de voix, plus ou moins de tout ce qui fait que je devrais avoir une légitimité à être dans l’espace public.

Sauf qu’en fait, cette légitimité je ne l’aurai jamais.

Je repense à cette chanson d’Anne Sylvestre, qui dit « Il faut que cela s’arrête ». Il faut que cela s’arrête.

Et je me demandais quand est-ce que tout ça allait s’arrêter, quand est-ce que je me sentirais à l’aise de marcher dans la rue, mais je me suis rendu compte que ça ne s’arrêtera jamais. Parce que si j’étais une fille, on me laisserait pas tranquille, si j’étais une gouine butch on me laisserait pas tranquille non plus, et si j’étais un mec, ça aurait été la seule des solutions, mais il aurait pas fallu que je sois pédé.

Il aurait fallu que je range mon petit short qui me moule le cul, que j’en mette un plus long, quelque chose qui surtout couvre cet endroit, qui crie moins «  mate-moi le cul », qui invite moins à l’exploration de toutes ces zones qui sont interdites pour les hommes cis-hétéros, qui ne font pas partie de leurs cartes érotiques.

Tous leurs tracés à eux sont situés en dehors de leur corps, dans l’espace public. Ils ont pas besoin de toucher leur corps puisqu’ils ont tout le monde à leur portée.

C’est la première chose que j’ai faite en rentrant dans l’appartement. Je me retournais à chaque fois que je fermais une porte, quand j’étais dans l’ascenseur. J’ai fermé à clef et je me suis changé.

Là maintenant mon short est sous mon lit.

Il faut que cela s’arrête.

Et ça m’énerve encore plus de penser que moi je dois me travestir en homme hétéro, quand je pense à tous mes potes hétéros parler du nouveau look « casu », du fait qu’ils s’habillent pour être « scred », alors que quand ils marchent dans la rue, rien ne les menace.

C’est des codes de camp hétérosexuel médiocre, il y a aucune flamboyance, aucune saveur, c’est juste qu’ils s’habillent en noir, avec des coupes droites et des vêtements de marque, ils reproduisent bien toutes les normes que l’on impose aux hommes. Et jamais ils auraient l’idée de laisser paraître un semblant de féminité, aucune part de tendresse, aucune part de sensibilité. Moi je m’habille comme les autres, et dans les vestiaires on se changera sans jamais se regarder, sans jamais se toucher. On essayera de se retenir de pas sentir la sueur des autres, on essayera de pas mater des culs, on remettra nos casquettes Stone Island bien enfoncées sur nos têtes et on se toisera. Mais on ne se regardera pas avec désir. Je trouve leur mode ridicule. Parce qu’on aurait tout à gagner, à devenir des traîtres de nos classes. Mais pour ça il faudrait qu’ils arrêtent les discours creux de faux alliés qu’ils déroulent pour mieux aller s’insulter de pédés au stade, pour avoir leur petit vernis LGBT, pour être vu comme « safe » et pas problématique, pour qu’ils aient le droit de se faire un petit drapeau arc-en-ciel sur les joues à la Marche des Fiertés, même s’il n’y a rien de fier à marcher là-bas, en tout cas pas en ce moment.

Mon chien a vu que j’étais inquiet, je suis sorti le promener. Et bizarrement tout allait mieux. Parce que j’étais dans les codes, parce que c’est bon, ça allait, je pouvais passer pour un mec qui allait rentrer cogner sa femme, un mec qui allait prendre de l’espace, parler à la place de tout le monde, qui allait expliquer la vie en disant que lui il avait tout vu tout entendu parce que c’est un vrai mec, élevé à la dure et que maintenant on ne peut plus rien dire. Maintenant je pouvais passer pour un mec qui en a rien à foutre, un mec qui a accès aux corps, en ayant droit de regard sur qui d’autre a accès à quoi. Un mec qui a le pouvoir. Comment mes potes hétéros peuvent-ils être d’accord pour représenter tout ça ? Comment peuvent-ils se sentir à l’aise dans leurs costumes de dominations ? Pourquoi est-ce qu’ils ne ressentent pas le besoin vital de se détacher de ces postures ? Pourquoi est-ce qu’ils se laissent être complices ?

J’aimerais que tous les mecs hétéros aillent se faire enculer, au sens propre du terme.

J’aimerais qu’ils comprennent le plaisir que peut leur apporter leur cul, qu’ils sentent leur anus rempli, qu’ils pénètrent plus d’anus avec autre chose que leur pénis, mais qu’ils se fassent pénétrer eux-mêmes avant.

J’aimerais qu’ils comprennent quel plaisir j’ai pris à porter ce short aujourd’hui, quel plaisir j’ai eu à montrer mon cul, comme pour dire : regardez-le. C’est ici. C’est mon code social. J’ai peut-être pas de bite mais j’en ai pas besoin, parce que j’ai un cul d’enfer. J’ai envie que vous le regardiez. J’ai envie que votre regard de pédé se pose sur mon cul, parce que vous m’excitez rien qu’avec vos yeux.

J’aimerais que tous les mecs hétéros aillent se faire enculer, pour qu’ils comprennent que cette fierté-là que j’ai ressenti elle se transforme en peur en deux secondes. À chaque fois qu’ils font des blagues et se justifient, à chaque fois qu’ils occupent tout l’espace, à chaque fois qu’ils mettent une veste The North Face au lieu de mettre du vernis ou de chercher à changer les codes hétérosexistes, moi j’ai une part de liberté qui s’en va.

Et ma visibilité n’a pas le même prix que la leur, leur invisibilité c’est un choix personnel, c’est un choix esthétique, c’est une mode. Mon invisibilité, c’est la censure, et je refuse d’être invisible, j’ai été invisible trop longtemps.

J’aimerais qu’ils aillent se faire enculer, parce que je leur en veux, de me faire ressentir de la honte, de m’amputer d’une partie de ma flamboyance, et parce que je les laisserai plus faire.

Appel à contributions pour PD La Revue : « (ef)féminités »

Grace Jones

Les féminités sont multiples et nos manières de les vivre sont singulières. Si les normes de genre nous traversent toustes, nos expériences sont toutes différentes en fonction de plein d’autres rapports sociaux. Les femmes, les fem, les queens, les folles, les travelottes et les pédales en tous genre ont tellement de manières de s’approprier « la » féminité et d’y trouver de la force, d’en faire un super pouvoir et d’y vivre au quotidien…

Êtes-vous féminin dans la rue et pas au boulot ? Pour le fun et pas pour la drague ? Macho sur le dance floor et fem au pieu ? Vous sentez-vous moins viril quand vous sortez votre palette de maquillage aux couleurs de l’arc-en-ciel ? Quand vous vous faites pénétrer? Les pédés sont nombreux à s’être fait outer, adolescents, par leurs corps maniérés, efféminés. Comment on se construit dans cette équation pédé = échec de la masculinité? Les pédés sont-ils des garçons comme les autres? Comment ça se passe quand on transitionne ? Qu’est ce que ça fait dans nos relations? Comment ça s’articule avec la race, ou la
classe?

Dans les milieux pédés, queer, LGBTQIA+ comme partout dans la société, être féminisé.e – perçu.e et traité.e au féminin – c’est aussi être exposé à des violences systémiques : misogynie, follophobie, transmisogynie… Racontez-nous vos blessures, vos stratégies et vos sororités face à tout ça. Dites nous vos complicités entre pédé et femme, entre gouine fem et drag queen, entre meuf trans et queer genderfuck, entre garçon trop doux et folle un peu virile…

Envoyez nous aussi vos analyses sur la masculinité blanche bourgeoise, vos recettes de gloss à paillettes, vos pistes de travail pour renverser le patriarcat et le récit de vos plans culs les plus émouvants 🙂

3 questions à la rédaction de «PD La Revue»

Cet interview a été réalisé en janvier 2019 par Olga Volfson pour le site Komitid. Ça parle des débuts de PD La Revue, de nos positionnements et de nos processus de fabrication.

Il est beau, il est frais. PD La Revue est un nouveau magazine qui parle des identités et des vies homosexuelles, par et pour les pédales et tapettes en tout genre, avec rage et tendresse à la fois. Entre revendications et empuissancement communautaire, la multiplicité des identités homos et les contradictions qu’elles charrient y sont abordées sans peur.

L’énergique palanquée de fabuleux pédés qui édite cette flamboyante parution « aléatoiromadaire » a porté ce projet pendant près d’un an avant de lui donner le jour pour l’hiver 2018-2019, et planche déjà sur ses prochaines éditions. Pour Komitid, Alix, Camille, Rififi et Loulou ont accepté de passer de l’autre côté du clavier pour nous dévoiler l’engagement et la magie qui animent l’arrière-salle de cette rédaction…

– Le numéro 0 de PD La Revue est sorti pour la saison froide. Pourquoi aviez-vous envie de sortir un média communautaire papier en 2018 ? – Quels sont les premiers retours que vous avez eus sur ce premier tirage ?

C’est effectivement la saison froide pour les queers. Malgré le succès indéniable du cortège de tête de la Pride, 2018 peut être vue comme une année d’échecs : ce même cortège de tête a été accusé de tout, la PMA une nouvelle fois reportée, nos frères gays et bis (parfois séropos) sont déportés dans des pays où ils risquent le pire, des orgas réclament en notre nom des solutions policières pour régler le problème des agressions LGBTQI+phobes (comme si la police pouvait être une solution à quoi que ce soit alors qu’elle-même est un problème), sans même mentionner toutes les luttes, plus ou moins anciennes, qui n’ont pas avancé d’un pouce. Dans un monde mauvais, où l’État reste le premier homophobe, où les transpédégouines se demandent quelle est leur place, voire s’illes en ont une, par exemple dans les mouvements sociaux comme celui des Gilets Jaunes, les gays, les pd ont du mal à s’unir, sans doute précisément parce qu’ils ne sont pas forcément conscients de ce qui les unit au-delà de leur pluralité. PD La Revue essaie de rendre compte et de ce qui unit, et de cette pluralité – visible dès la couverture magnifiquement illustrée par A4 putevie – voire des ruptures.

Elle est le fruit d’une démarche mili-tante. Le but n’est pas de faire de l’argent, de viser les aides à la presse, de choisir entre contenu et publicité (suivez notre regard). Considérant les liens entre LGBTI+phobies, patriarcat, racismes et capitalisme, considérant que tous les PD, loin s’en faut, n’ont pas les moyens de mettre 7€ dans une revue qui s’adresse à eux, les bénévoles contributeurs (étudiants, enseignants, précaires, indépendants, employés…) ont fait le choix anticommercial d’une vente militante à prix libre. Et le choix du papier est lié à l’idée tout aussi militante de communauté : objet physique, elle permet de créer et d’entretenir un lien avec les lectrice·teur·s lors des rencontres en centres LGBTQI+ de province (Nous continuons notre tournée, infos sur Facebook, Instagram, Twitter.) comme les liens entre eulles-mêmes par le prêt, le don. Ces présentations lors de Queerfoods (♥) mais surtout dans les centres ont donné lieu à de beaux moments de lectures, suivis d’échanges et de réflexion avec les auditoires. Voilà pourquoi le papier restera le support essentiel ; du reste, à terme, les articles seront publiés sur le blog de la revue, pour élargir encore la diffusion aux personnes les plus éloignées des lieux de rencontres, et à celles aveugles ou malvoyantes par un podcast.

– Depuis quand le projet était-il dans les cartons ? – Comment envisagez-vous les prochains numéros ?

Depuis l’hiver précédent : il aura ainsi fallu moins d’un an pour sortir le n°0 (en ayant pris son temps hi hi) mais l’équipe est maintenant rodée et, tout en ayant une parution aléatoiromadaire, grâce au soutien des magnifiques pédés dont nous croisons la route pavée ou électronique, nous pouvons dès maintenant envisager la suite sur plusieurs numéros thématiques. Après avoir réfléchi à ce qui peut constituer un « nous », voulu ou subi, et ce qui s’y oppose, nous cherchons à composer la prochaine livraison autour d’une question adjacente : (dés)intégrer. Les thèmes suivants sont prévus (et canons) mais restent secrets pour le moment. Eh eh.

– Combien êtes-vous à travailler sur cette revue ?

Les animateurs principaux, issus des week-ends et aprèmes pédés en non-mixité, sont une dizaine mais les participants (textes, images), réguliers ou occasionnels, beaucoup plus nombreux, ce qui permet d’offrir aussi des contributions faisant place aux subjectivités, à la beauté, à l’humour, aux désirs, à tout ce qui peut être politique sans le paraître.

– Pourquoi le choix de « PD » en titre ?

« Au commencement, il y a l’insulte ». L’incipit des Réflexions sur la question gay de Didier Eribon insiste sur ce qui constitue le fondement d’une identité gay, malgré les gays. Elle les constitue en une classe sexuelle en soi. « PD », entendu ad nauseam, des milliers de fois dans la vie d’un gay, pèse sur le moral et peut conduire à des tentatives de suicide malheureusement parfois réussies. Mais la vie est aussi faite de révoltes contre un ordre cishétérogenré et hétéronormé. Inspirés des luttes antiracistes, les homosexuels se sont réapproprié l’insulte, sur les modèles du « Nègre », de l’ « indigène »… lui ôtant sa charge négative – ce qui la rend plus supportable – et lui apportant une charge positive, politique : les PD veulent devenir une classe sexuelle pour soi, affirmative, positive. Néanmoins, pour reprendre un texte puissant du n°0, on est pédé « au prix fort d’une revendication politique (…) : n’est pas pédé qui veut ».

Nous nous situons ainsi contre l’identité gay telle qu’elle est vue par le marketing et l’État. Car il y a une gayphilie d’État qui coexiste avec les homophobies d’État (PMA, changement d’État-civil, don du sang, mutilations des personnes intersexes, déportations de réfugié·e·s…). Elle est particulièrement visible dans les pince-fesses institutionnels, rassemblements où sont favorisées la présence et la participation de cisgays bien peu solidaires des L·BTQI+. Et pour quels résultats ? La remise en cause du conquis du mariage pour tou·te·s par des consultations ou le pinkwashing de passages piétons piétinés – quel symbole !

– Vous n’avez pas d’ennui avec la possible censure ou les signalements sur les réseaux sociaux ?

Non. Mais qu’ils viennent nous chercher ! Les Komitidonautes sont, quant à elleux, les bienvenu·e·s ! Qu’illes nous écrivent à revuepd@protonmail.com

interview réalisée le 11 janvier 2019, et publiée sur Komitid : https://www.komitid.fr/2019/01/21/3-questions-a-la-redaction-de-pd-la-revue/

PD La Revue numéro 1 en pdf!

Pour lire dans son canap’ ou envoyer aux potes, pour imprimer à l’arrach’ et diffuser dans l’infokiosque, pour faire des collages la nuit ou juste pour avoir un jour la collection complète… Voici le lien pour télécharger en pdf PD La Revue numéro 1 (Dés) Intégrer.

https://framadrive.org/s/gGe43Jy9ed9gMmC

PD La Revue numéro 1 – été 2019 – « Dés)Intégrer » Présentation !

PD La Revue, c’est un outil collectif autogéré, fabriqué par plein de pédés (et pas que), sans chef ni patron, ni pub ni subvention ! Parce qu’on vit dans une société hétérosexiste et que ça commence à bien faire, on a choisi de riposter aux oppressions vécues en revendiquant ce terme « pédé » comme une position politique. Ça veut dire qu’on est en colère et déter, prêt·e·s pour les barricades en robe du soir ! Contre le patriarcat, le racisme, le capitalisme, et tous les autres systèmes de merde qui nous pourrissent la vie et ruinent notre flamboyance.

Pour ce qui est du « La Revue » dans notre titre, on a un peu hésité, mais finalement on s’est dit que c’était un peu chic, qu’on le valait bien ! PD Match, ça faisait trop sportif, quelle horreur ! PD Hebdo a été rejeté : le rythme de parution que ce titre imposait n’était pas compatible avec les aléas bien connus de la vie. On était tentés par PD Madame, mais nous avions peur de faire trop bourgeois·e·s. Les titres accrocheurs comme 20 ans, Jeune et Jolie, Biba et Que choisir ? étaient déjà pris. Et Têtu ne nous évoquait pas grand-chose.

Alors voici PD La Revue, qui s’interroge sur ce qui nous relie et sur nos solidarités politiques, mais aussi sur les rapports de pouvoir qui nous traversent et qui parfois nous divisent (en termes de classe, de race, de performance de genre et de normes corporelles, par exemple). Pour faire circuler des témoignages, des expériences de luttes, des photos subversives et excitantes, de la critique sociale, des bouts d’histoires, des poèmes, etc. Pour se renforcer, se créer des espaces de rencontres et de débats, participer à construire et nourrir des alliances et des stratégies offensives…

Notre petite équipe est ouverte à qui veut la rejoindre. Toutes vos contributions sont les bienvenues. Écrivez-nous à : revuepd@protonmail.com

(Vous aurez droit à une carte de presse ou à une fausse attestation de RSA en votre nom.)