à la Une

Où trouver PD La Revue ?

PD La Revue est avant tout un outil pour se rencontrer et échanger entre pédales. Alors on organiser des apéro, des discussions, des lectures et des rencontres! Lors de ces moments vous vous trouver la revue à prix libre et en causer avec celleux qui font vivre le projet! Pour avoir ces info, écrivez nous ou suivez nous sur fb, twitter ou instagram. On dépose aussi la revue dans quelques lieux, des libraires, des bars, des centres sociaux ou des squats. On cherche à privilégier un maximum des espaces de diffusion à prix libre mais pour la plupart des librairies ce n’est pas possible. Faites nous signe si vous avez des idées ou laissez quelques numéro!

A Paris :

Librairie Les Mots à la bouche au 6, rue Sainte-Croix de la Bretonnerie , 4 euros, https://t.co/WBMCqAg5dQ,

Libraire le Rideau Rouge à Marx-Dormoy, 42 rue de Torcy, 4 euros

https://t.co/6mrOFiWOzL

A Saint Denis :

Librairie Folies d’encre, 14, place du Caquet, prix libre

https://t.co/DaGjnBXXJu

A Marseille :

Librairie de Manifesten, 59, rue Thiers, 3 euros

Librairie L’Hydre aux mille têtes, 96, rue Saint-Savournin, 4 euros

Transitlibrairie, 45, boulevard de la Libération, 4 euros

A Toulouse :

Libraire Terra Nova, 18 rue Gambetta

https://www.librairie-terranova.fr/

Le Kiosk, librairie et bibliothèque associative, 36 rue Danielle Casanova.

https://radar.squat.net/fr/toulouse/le-kiosk

A Nantes :

Au Centre LGBTI+ NOZIG, 3 Rue Dugast Matifeux, prix libre

http://www.clgbt-nantes.fr

A La Dérive, un lieu commun cantine bar associatif au 1 rue du Géu Robert,

https://lajavadesbonsenfantsblog.wordpress.com/

Pendant les permanences mensuelles des Dévoreuses, bibliothèque féministe de la Trousse à Outils

https://www.facebook.com/la.trousse.a.outils

A Lyon :

Libraire Terre des livres, 6 rue de Marseille, prix libre

Libraire le Bal des ardents, 17 rue Neuve, 4 euros

Librairie Ouvrir l’oeil, 18 rue Capucins, 4 euros

Grenoble :

Centre social autogéré la BAF, 2 chemin des Alpins à Gre. https://labaf.org/ 

Rennes :

ISKIS, Centre LGBTI+, 6 rue Saint Martin, http://iskis.org/

Lille :

J’En Suis, J’Y Reste – Centre Lesbien Gay Bi Trans Queer Intersexe et Féministe de Lille Nord – Pas de Calais – 19 rue de Condé à Lille (France) http://www.jensuisjyreste.org/

et la suite à venir…

NB1 : sur les tarifs, on essaie de pousser le prix libre partout où c’est possible, mais certains lieux de diffusion exigent un prix fixe, qu’on essaie alors de limiter pour que la revue reste accessible au maximum.

NB2 : n’hésitez pas à nous contacter pour participer vous aussi à la diffusion de la revue prête de chez vous, ou pour obtenir des revues, en nous écrivant à revuepd@protonmail.com

Pénétration en milieu PD

It’s my pleasure

août 2018

Cet été, sur la boîte mail de la revue, débarque cette photo, entre carte postale de vacances DIY très hot et courrier des désirs explosifs. Alors, entre les tapettes qui fabriquent PD La Revue, ça a commencé à discuter, à s’émouvoir, à se questionner, à rêvasser et à imaginer : Qui ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ? Et, on va où, là ??? Gêne, excitation, curiosité, tout mélangé. Alors, on a répondu au mail pour en demander plus et encore. On voulait des mots, du texte, des intentions et des réflexions qui développent et prolongent l’image. On a eu envie aussi de laisser se déployer la discussion, en ajoutant en écho une remarque faite par l’un des multiples relecteur.ic.es de ce texte.

Être assignée femme à la naissance, ça m’a réduit l’accès à certains imaginaires érotiques et sexuels. Peu d’espaces m’ont invités au déploiement de ces potentialités, encore moins si on est bien loin de l’hétéronormativité et de ses pratiques, la plupart du temps empreintes de sexismes. Les imageries, fantasmagories hétéro, ça ne marche pas, et les références érotiques et porn meuf/queer n’ont pas été accessibles pour moi pendant trop longtemps… D’abord par défaut puis par élan parfois, je me suis rapprochée d’une production non conforme, et en ce sens plutôt conforme à mes désirs, et j’ai investie certains imaginaires affectivo-érotico-sexuels gay/PD…

Les univers gay/PD notamment avec les codes relationnels, corporels verbaux ou non verbaux, les saunas, les lieux dédiés au cruising, à la drague et à la baise en extérieur, en groupe, ont été présents en ligne de fond dans mon histoire (ami/famille/ puis taf). Longtemps, il m’était impossible de les investir à l’endroit du désir. C’était contre ma soi-disante nature. Ces espaces de cul un peu cachés mais pas trop, ont d’abord été imaginés pour une sexualité et des désirs criminalisés, honteux, loin du foyer. Ils sont devenus des espaces où se fabriquent des codes et des pratiques partagées que l’on trouve par hasard ou qui se glissent de la bouche à l’oreille et qui sont en soi excitants pour moi.

En poursuivant la déconstruction des codes liés l’assignation de naissance, les potentiels sexuels et érotiques tentent de se laisser conduire là où bon leur semble. Et pourquoi pas se laissent emporter par ces espaces, ces hétérotopies jusque là dédiées aux PDs/gays, mais qui font partie de mes espaces d’investissement fantasmatiques possibles parmi d’autres.

Il ne s’agit pas de « jouer à être des hommes ou des PD », comme j’ai pu l’entendre dans la bouche d’un PD cis. Croire que je peux aller vers la sexualité que j’ai envie d’avoir, pas me contenter de celle que je devrais avoir. J’essaye d’expérimenter ma sexualité comme d’autres espaces de désirs, de réalisations, en questionnant les restrictions liées à mon assignation de genre et sans avoir toujours en tête comme référence ce que font les hommes, les PD ; sans avoir à me demander si je m’en rapproche ou si je m’en éloigne…

Poursuivre l’exploration des corps en se mettant en pratique autrement, en résistant aux normes intégrées… Mon désir peut même parfois émerger de cela, d’une sorte d’excitation liée à la transgression… Transgression intime, avec ce jeu si excitant pour moi, de me frotter de diverses façons à la question des frontières, des soi-disant limitations…

Cette image est questionnante, et tant mieux !… Ces interrogations se rapprochent-elles de celles qui ont été les miennes quand j’ai découvert que mes désirs n’étaient pas réduits à ce qui m’était autorisé, mais qu’ils étaient aussi fort imprégnés par une construction de genre ? Une imprégnation qui a induit pour moi, comme des évidences, faire plaisir à l’autre, ne pas oser dire non, satisfaire mes partenaires, performer surtout la douceur… projeter mon corps dans des lieux, des pratiques dont les codes sont autres que ceux là, ça déplace bien au-delà du plaisir à circuler dans des espaces jusque là plutôt réservés, dédiés, interdits.

Cette image, c’est à la fois un acte terroriste, revendicatif de prise d’espace réel et imaginaire, un acte tendre et complice pour questionner sans tenter de se limiter, ni d’y répondre simplement, qu’est-ce qui fait communauté ? Des aspirations politiques, des pratiques communes, des désirs, des plaisirs, l’auto-détermination, être menacé en tant que minorité ? Alors si c’est ça, que faire des catégories ou des assignations imposées que l’on dénonce ? Juste le temps d’une matinée, d’une après midi ensoleillée ou d’un soir, on les balance… et c’est si bon…

Entremêlé à tout cela, participer à la fabrication d’images, de corpus, de représentations, de références, d’un champ de production qui m’a tant manqué autour des questions de genre et de sexualités, les investir, les inventer… Cette image en fait partie.

Djo.

Echo d’un relecteur #1

« Performer des trucs pédés d’une place décalée, ça les décale aussi. C’est ce que je te disais que ça m’évoquait: différence et répétition. Chaque reprise est une réactualisation différentielle, ça change la donne. Du c oup, j’aime l’idée qu’en allant investir des espaces et des codes qui ne sont pas a priori « faits pour toi », ça les modifie aussi pour toi et pour les autres. Et pour moi c’est ce que fait cette photo, d’autant plus au sein de cette revue pédée. Le paradis, les pédés qui vont lire la revue, les personnes sur la photo sont touchéEs par une autre façon d’être pédé qui est la même et l’autre, ça bouge les imaginaires. La reproduction est toujours une remise en jeu. Et même les pédés cis au final quand ils rejouent ces codes, ils produisent un déplacement infime, sauf que là c’est beaucoup plus flagrant et je trouve ça très beau parce que plus évidemment questionnant, en particulier dans cette adresse à une revue pédée. »

Hétérotopie ? #Mais de quoi tu m’parles !?

L’hétérotopie est un concept de Michel Foucault, une cousine des années 70 qui écrivait des livres entre des visites de backroom BDSM, des rassemblements contre les taules et des rails de c. avec sa bande de tantes gauchistes. En gros, l’hétérotopie ça se distingue de l’utopie, que la Follecault n’aime pas tant, parce que c’est des lieux qui n’existent pas, même si c’est censé être incroyable là bas. Les hétérotopies, au moins, elles existent. En gros, ce sont des espaces qui marchent avec des règles et des codes en rupture avec les normes sociales majoritaires. Il ya des hétérotopies investies par le pouvoir et l’État en mode vénère, comme la prison, ou le parc d’attractions ; mais aussi des hétérotopies déviantes, c’est à dire trop stylées et pleines de résistances, comme un couvent de sorcières, un lieu de drague extérieur ou une cabane d’enfant par exemple. Pour bien les distinguer, je proposerais bien de renommer ces dernières des queertoupies…

You can't pinkwash that!

Entretien avec Mohamed Paz, militant de LGBT pour la Palestine.

Parce qu’à PD La Revue on aime les entretiens dans les bars le soir, avec le son du match de foot en arrière fond, parce qu’on aime les luttes antiracistes et décoloniales, parce qu’on aime les queers qui se bagarrent et qui prennent des risques en montant sur scène quand c’est pas leur tour ; parce qu’on aime les résistances au pinkwashing et à l’homonationalisme, partout où il le faudra. Et parce qu’on aime les réseaux de solidarités locaux et internationaux qui nous donnent de la force…

PD La Revue : Est ce que tu as envie par commencer par te présenter ? Comment tu en es arrivé à militer dans ce collectif « LGBT pour la Palestine » ?

Mohamed Paz : J’étais depuis plusieurs années déjà à BDS [voir encadré, NDLR]. Pourquoi j’ai commencé à militer sur les questions Israël-Palestine ? J’ai rencontré des groupes de palestinien.ne.s qui vivaient en Syrie à l’époque, qui étaient réfugié. e.s , plutôt friqué.e.s mais très attaché.e.s à la Palestine. On avait sympathisé et, un an après, j’ai voulu aller en Egypte et je me suis rendu compte qu’il y avait une frontière avec Israël. Je me suis dit « chouette je vais faire Egypte-Israël ». Je fais partie des gens qui ont été bercés par les médias et la symétrie artificielle qu’ils font quand ils parlent d’Israël et de la Palestine. Ils vont parler d’un méfait d’un côté et d’un méfait de l’autre comme si, en fait, il y avait une égalité. Comme s’il n’y avait ni oppresseur ni oppressé mais un conflit ménager entre deux voisins, frères ennemis, ou cousins qui se détestent. J’avais une empathie pour le « peuple juif » au regard des multiples persécutions qu’il a subi dans l’histoire et aussi une curiosité pour Israël et son côté « pays arc en ciel » avec des personnes venues du monde entier. Pour la dimension identitaire aussi : comment créer un pays à partir d’une notion d’identité qui veut dire des choses différentes pour chacun ? Le Russe, le Yéménite, l’Algérien, l’Etats-unien, le Français, qu’est ce qui les réunit pour faire corps, société ? pour faire nation ? Donc, j’allais en Israël avec cette excitation. J’en ai un peu honte de cette histoire, mais à la fois je ne refuse pas de la raconter. Elle fait partie de mon parcours et dit beaucoup sur une naïveté et une confusion face à ce dit « conflit » qui, à mon sens, est voulue et créée, politiquement et médiatiquement. Comment est-ce qu’un jeune franco-algérien, lui-même issu d’une histoire coloniale, peut passer à côté d’une entreprise coloniale qui dure depuis cent ans et perdure toujours ?

Bref, je parle de ce voyage à une des palestiniennes réfugiées que j’avais rencontrées et que j’adorais. Elle me répond qu’elle est hyper déçue, que ça la choque profondément qu’on aille visiter le pays des personnes qui ont construit un pays sur le sang de son peuple. À partir de là, ça a levé toute une conscience politique. Je me suis rendu compte à quel point les médias ont construit une fausse réalité de ce « conflit ». Déjà, ce n’est pas un « conflit » mais une guerre coloniale. C’est à partir de ce moment que je suis rentré dans BDS et que j’ai commencé à manifester. L’idée de BDS c’est d’être apolitique, areligieux et de reposer sur le droit international. Notre levier, c’est la conscientisation des citoyens, le fait que tout seul on ne peut pas faire grand-chose mais que réuni.e.s, on peut faire plus. C’est aussi le boycott, pacifique et non violent, ce qui est important pour moi. Même si dans l’histoire je reconnais que la violence a pu porter ses fruits. On le voit d’ailleurs avec les Gilets Jaunes actuellement.

PDLR : Et ensuite vous vous êtes retrouvées entre queers dans BDS ?

MP : Non, c’est arrivé suite à une conférence et avec la rencontre de Haneen Maikei et Ramzi Kumzieh d’alQaws, une organisation LGBT palestienne [voir encadré, NDLR]. Iels nous ont présenté le pinkwashing israelien. J’ai commencé à m’intéresser à ça, et puis j’ai rencontré Laurent, David et Damien qui avaient déjà commencé à créer LGBT pour la Palestine. C’est pas une grosse structure, mais l’idée c’est de sensibiliser les lgbt, les queers, sur ces questions là : l’instrumentalisation de nos luttes et de nos identités à des fins politiques et à des fins de propagande culturelle. Plus largement, ça rejoint la lutte contre l’homonationalisme qui se développe dans beaucoup de pays européens, où les LGBT commencent de plus en plus à s’embourgeoiser, à se déconnecter de leurs histoires de lutte, à perdre leurs affinités avec les autres groupes discriminés, avec les femmes, les noir.e.s, les arabes, les roms, les migrant.e.s… C’est peut-être même plus vrai pour les gays que pour les lesbiennes et les trans. On a nos droits : droit au mariage, le droit à adopter, on a notre petit confort. Petit à petit on oublie d’où on est issus, on se met à voter un peu à droite, et parfois même à l’extrême droite.

Le pinkwashing israélien que l’on dénonce est une stratégie qui joue sur l’idée de choc de civilisation et présente Israël comme une extension du monde occidental au milieu du Moyen Orient. Le pays serait coincé au milieu d’arabes homophobes, misogynes, violents, terroristes, couteau entre les dents etc. Il souhaite se présenter comme la seule démocratie de la région, celle qui va apporter des droits aux LGBT alors qu’il instrumentalise ses luttes. C’est un exemple très fort de ce qu’est l’homonationalisme aujourd’hui.

PDLR : C’est la période de l’Eurovision. J’ai vu que tu avais signé la lettre ouverte « Bilal Hassani ne chante pas pour l’apartheid israélien ». Il y a eu des actions sur un plateau télé…

MP : L’Eurovision, c’est un évènement très suivi par les LGBT dans le monde. C’était important d’y être, encore plus du fait que Bilal Hassani soit gay. Le BDS avait déjà fait une première action le 19 janvier, ils ont capté des images de personnes montées sur le plateau de France 2 avec des pancartes. La semaine suivante on l’a refait. Il y avait un système de sécurité de ouf avec des portiques, il fallait tout laisser au vestiaire. Une vieille dame a dû laisser son gilet, car ils avaient peur qu’il puisse y avoir des slogan marqués dessus ! Il fallait laisser les clés, les portables…

Nous, on avait commencé à mettre en place une action pour la finale. On était suivi depuis le début par une personne. Elle faisait la queue juste derrière nous. Mais est des pédés ! On a surjoué le truc, on était en mode « Bilal Fan », et on a réussi à être dans le public. Les vigiles bloquaient constamment l’escalier pour accéder à la scène. À un moment, le vigile a bougé et, avec un camarade, on a couru sur scène en brandissant des pancartes qu’on avait réussi à faire rentrer malgré les checkpoints. Je me suis foutu devant Garou et lui devant Chimène Badi! On a dû tenir 5 à 10 secondes avant que les vigiles viennent nous déloger. Je suis un peu dégoûté de ne pas avoir porté plainte contre un des gars de la sécurité qui était assez violent — il m’a fait une clé de bras pour me déplacer – et qui a eu des propos homophobes envers l’un des participants de l’émission. Il parlait de « gros pédé », de « tarlouze ». Sur le coup je n’en croyais pas mes oreilles mais je n’ai pas trop réagi. À ce moment là, tu veux partir rapidement. Tu te demandes si on va t’emmener au poste. Et puis quel policier acceptera de prendre un plainte contre son collègue ? Je regrette vachement !

PDLR : On voulait aussi parler du rapport que vous avez avec les organisations queers en Palestine et de vos rapports avec les organisations queers et LGBT en France : quelles alliances vous construisez, et avec quelles groupes vous travaillez ?

MP : En Palestine, je suis en contact avec Haneen Maikei d’alQaws. Il y a aussi une association qui s’appelle ASWAT qui est plutôt composée de lesbiennes. Pendant le Tel-Aviv Fest, un festival de films LGBT, j’étais en contact avec Haneen plusieurs fois par semaine pour l’informer des avancées, pour discuter des stratégies. Par rapport à Bilal, on a aussi fait un skype avec elle et d’autres personnes. Elle va le contacter au nom de alQaws. Nous sommes aussi en contact avec d’autres palestinien.ne.s LGBT à l’étranger ou en Palestine/Israël. En France, on a pas de liens clairs avec des collectifs mais plutôt un réseau de sympathisants et d’ami.e.s avec qui on travaille.

PDLR : Comment est-ce que votre groupe fonctionne ? Quelles sont les campagnes que vous avez menées ?

MP : On est surtout présents lors des Prides et des Prides de nuit. Dans les Prides de nuit on est super bien accueillis, et dans les Prides… on s’y invite ! Mais il y a aussi des gens qui sont contents de nous voir. On distribue des tracts, on a nos banderoles… On manifeste surtout à Paris, mais aussi à Toulouse, Marseille ou Bordeaux. Il y a des groupes qui nous contactent et on leur envoie des tracts, des affiches, et parfois même notre banderole, comme à Marseille. Il y a aussi des LGBT qui s’auto-organisent avec des pancartes et des discours contre le pinkwashing israélien.

PDLR : Tu peux nous décrire cette banderole ?

MP : Elle montre l’évolution de la colonisation, et le territoire palestinien qui réduit d’année en année. C’est en partie ce qui m’a fait conscientiser le problème, de le visualiser. Dans les médias on ne montre jamais ces cartes. On montre la séparation de 19671 et la Cisjordanie telle qu’elle devrait être, et pas telle qu’elle est : morcelée. Donc voilà, il y a cette carte et un slogan inspiré d’une pancarte faite au Canada, où l’on avait rencontré des LGBT : « You can’t pinkwash that ». Notre collectif est aussi présent à travers une veille culturelle. Quand des films israéliens sponsorisés par des institutions étatiques sont diffusés, et qu’ils ont une dimension de pinkwashing, on intervient. On était intervenu au festival Chéries-Chéris, au MK2, lorsqu’iels avaient diffusé le film Alata. L’idée c’était d’être présent pour voir le film, et à la fin de prendre la parole pour conscientiser les personnes, leur donner une nouvelle grille de lecture, et décrypter le film avec cette connaissance du pinkwashing. On est aussi intervenu lors du Tel Aviv Fest. Tel Aviv c’est la ville qu’Israël a défini comme vendeuse pour attirer les LGBT. Pour ce festival, on a contacté la plupart des artistes francophones qui devaient présenter leur film. Et il y a eu plein de personnes qui ont annulé l’année dernière. Parmi les francophones, qu’on a contacté il y a eu Océan Michel et Cyprien Vial, Antoine Heraly, Sylvain Coisne, Marc Antoine-Lemire… C’est énorme par rapport à l’année précédente ! Il y a eu aussi des espagnols, des brésiliens, des états uniens, etc., qui ont boycotté ce festival. C’est une énorme réussite ! Il est important de savoir qu’Israël produit beaucoup de films LGBT mais que ces films sont plus destinés à la diffusion internationale que nationale. C’est aussi ça, le pinkwashing israélien.

PDLR : Tu utilises beaucoup le terme « pinkwashing ». Qu’est‑ce que tu mets derrière ça ?

MP : Pour le pinkwashing il faut lire le très bon bouquin de Jean Stern, Mirage gay à Tel Aviv. Il explique qu’Israël a pris l’exemple de Rio de Janeiro et est passé par une agence de communication et de publicité. Rio de Janeiro est connue pour ses favelas, la pauvreté, la violence, et en même temps pour ses plages, son peuple métis, le soleil, la fête. Il est possible d’avoir cesdeux images en même temps, et ça arrange bien les affaires de l’Etat d’Israël, dont l’image est associée à la violence et la colonisation. Ils ont donc construit toute une stratégie marketing autour de ça. Israël a choisi Tel-Aviv. Ils se sont demandé : Jérusalem ou Tel-Aviv ? Les pèlerins de Jérusalem, ce n’est pas très intéressant. Ils n’achètent pas beaucoup. La consommation, ils s’en foutent et ils ne font pas rêver ! Tel-Aviv, c’est quoi ? la technologie. Okay, mais voilà, « la ville de la technologie », c’est pas hyper vendeur. Ah ! tiens, « la ville où on fait la fête », « la ville où l’on ne dort jamais », ah ! tiens, « la ville des pédés »…

Effectivement, c’est une bulle Tel-Aviv, pas du tout représentative du reste d’Israël. Donc, le gouvernement israélien fait du pinkwashing lorsqu’il nous sur-vend à coup de grosse campagne de com’ Tel Aviv comme un El Dorado gay, pour nous faire oublier la colonisation, les crimes de guerre, et l’apartheid qu’ils font subir au peuple palestinien. En 2016, il y a eu aussi une grosse polémique parce que le gouvernement dépensait des millions de dollars pour une campagne de communication autour de la Gay Pride (2), alors que les fonds donnés à des organisations LGBT étaient vraiment minimes. Ça met vraiment en relief le fait que le gouvernement porte plus d’importance à la bonne santé de son image internationale qu’aux LGBT de son pays.

Il y a aussi le fait qu’Israël, à travers ses services de renseignements, surveille les LGBT palestinien·ne·s mais aussi les palestinien·ne·s hétérosexuel.le.s qui ont des rapports extra-conjugaux, les personnes qui consomment de la drogue, ou celles en trithérapie et qui ont besoin de soins. Ils leur font un chantage infâme : « Soit tu deviens collabo pour nous, soit on te dénonce à ta famille ». Malgré tout ça, beaucoup de gays occidentaux se laissent avoir par cette propagande et pensent qu’Israël est « l’ami des gays ». Mais l’ami de quels gays ? Parce que si tu es gay palestinien ou israélien non-juif, tu as intérêt à faire profil bas et faire ce qu’on te demande ! Et puis, en dehors de la bulle de Tel Aviv, Israël reste un pays très conservateur et homophobe. Plusieurs crimes homophobes ont eu lieu ces dernières années, et n’oublions pas que dans certains endroits les thérapies de conversion sont toujours pratiquées !

1 – À la suite de la guerre des Six Jours, entre 280 000 et 325 000 Palestiniens fuient ou sont chassés de la Cisjordanie et la bande de Gaza.

2 – En 2016, la Pride a faillit être annulé, les organisateurs ayant découvert qu’une campagne publicitaire destinée aux Européens de 2,2 millions d’euros avait été financé. C’était dix fois plus que les subventions annuelles de l’Etat aux associations LGBT.

Quelques bonus pour aller plus loin, sur BDS, alQaws et l’homonationalisme.

BDS #Mais de quoi tu m’parles !?

La campagne BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) a été lancée par la société civile palestinienne en 2005, suite à des dizaines d’années de lutte contre Israël et sa politique d’apartheid. C’est un appel à boycotter tous les produits israéliens, mais aussi à un boycott sportif, culturel et universitaire. De nombreuses associations et organisations françaises y ont répondu. La Campagne BDS France fonctionne avec des groupes de travail locaux, constitués par des militant.e.s des différentes organisations pour coordonner telle ou telle action, ou travailler sur un sujet particulier. Les décisions se prennent au consensus dans un esprit unitaire.

La campagne s’appuie sur le droit international pour porter trois revendications majeures :

1) le droit au retour pour tous.tes les réfugié.e.s ; 2) la fin de la colonisation, de l’occupation, du blocus de Gaza et le démantèlement du Mur ; 3) la fin de l’apartheid pour les Palestiniens de 48 (dits « Arabes israéliens »).

alQaws #Mais de quoi tu m’parles !?

alQaws lutte pour une société palestinienne qui célèbre la diversité sexuelle et de genre. C’est un collectif grassroots. Ça veut dire en gros local et populaire, qui participe aux mouvements sociaux et aux résistances culturelles et sociales en Palestine. Le collectif organise des rencontres pour les communautés LGBTQ palestiniennes, tient une hotline, mène des campagnes médiatiques, créé des alliances avec d’autres activistes politiques en Palestine, et des partenariats avec la société civile et des institutions culturelles. Le groupe s’est formé en novembre 2007 et son activisme est centré sur la communauté palestinienne. Les priorités, les stratégies et les programmes de alQaws émergent directement des expériences locales et des réalités propres à chaque contexte.

À lire : plein de documents sur le site du collectif : http://www.alqaws.org

À voir : la vidéo d’une rencontre avec des activistes alQaws en France en mars 2012 http://frontdu20mars.github.io/Vid%C3%A9os/2013/01/31/video-de-la-rencontre-du-20-mars-2012-avec-haneen-maikey-et-ramzykumsieh.html

Homonationalisme, # Mais de quoi tu m’parles !?

Jouer une minorité contre une autre : c’est la version moderne de « diviser pour mieux régner ». Certains discours politiques actuels essaient avec plus ou moins de succès de tirer à eux les LGBTI+ en leur appliquant leur théorie générale du nationalisme. En gros, il s’agit d’opposer de bons citoyens queer blanch.e.s patriotes, qui bossent, consomment et paient des impôts aux migrant.e.s, aux personnes racisé.e.s, et aux populations musulmanes présenté.e.s comme impossibles à « intégrer » dans la nation. Concrètement, l’homonationalisme renforce le racisme systémique contre les personnes racisé.e.s en fRrance en les présentant comme plus homophobes, transphobes ou sexistes que les personnes blanches. L’homonationalisme est aussi l’idéologie des discours portés par des États – par exemple, les Etats-Unis, la France ou l’État d’Israël – pour justifier leurs guerres impérialistes et coloniales. La défense des droits des « homosexuel.le.s devient un argument justifiant la domination de populations, le pillage des ressources ou l’occupation de territoires. Cela permet de manière opportune à ces Etats de faire oublier les violences systémiques qu’ils exercent et d’apparaître comme progressistes.

On voit les effets de ces discours lorsque des personnes LGBTI+ (ok, on croise surtout des gays) s’approprient ces types de discours. Par exemple, lorsqu’on s’oppose, sur les réseaux sociaux, à des messages islamophobes, la réplique la plus courante est : « Va donc dans tel pays puisque tu les aimes tant ! » accompagné d’une photo montrant un meurtre.

Si vous en voulez encore, petit.e.s gourmand.e.s, allez voir ça ! L’article génial de Joao Gabriel « L’homonationalisme ou l’impérialisme gay, qu’est-ce que c’est ? » dans la revue Assiégés, numéro 1, L’étau. Accessible en ligne. Il y a aussi le livre Homonationalisme : Politiques queer après le 11 Septembre, écrit par Jasbir Puar et traduit en français par Maxime Cervulle et Judy Minx.

Vieille Pédale

01/03 : quand ça doit tomber, ça tombe

Quand j’avais 30 ans, je ne m’imaginais pas pouvoir, ne serait-ce que physiquement, cumuler 30 ou 40 ans de plus, autant dire un siècle, une éternité, 30 ans de vie en plus ! Impossible, absurde, pas romantique. Pourtant, un certain matin, on est une vieille pédale de plus 60 ans. J’essaie de faire le chemin à rebours, de me souvenir des années passées, de ces 30 années. Qu’en ai-je fait ? Que reste-t-il de tout ce temps, à quoi l’ai-je utilisé ? Qu’est-ce que mon corps a fait des plaisirs, où sont les cicatrices des bonnes baises, des coups de foudre, des séparations, où est la mémoire de ces caresses anciennes ?

Ce jour de révélation, il arrive doucement, l’air de rien, dans le regard des ami-e-s qui cumulent les mêmes rides, les mêmes cheveux gris, les mêmes coups de fatigue, les mêmes sourires à l’évocation des aventures d’hier. Des aventures déjà racontées et qui deviennent comme des mythes, tant nous les avons probablement reconstruites au fur et à mesure que nous les avons évoquées. Ce jour-là, c’est dans le regard d’un gars, que je trouve pas mal, que je perçois la gêne qu’il a de se faire brancher par une vieille pédale. Bien sûr, jusque-là, loin de moi de me considérer comme une chose délabrée, d’occasion, ayant dépassé la date de fraîcheur. J’ai chez moi des miroirs, je me regarde tous les jours, je n’ai rien senti venir. Vieille pédale ! vieille folle ! Je ne savais pas encore qu’il faudrait désormais composer avec ces étiquettes. Pédale et folle, ça, c’était déjà la base, maintenant je devrais porter ces bijoux avec l’adjectif qualificatif « vieille », ou « vieux », selon les jours et les interlocuteurs et selon le regard de mes congénères pédés. Celui des plus jeunes bien sûr, mais aussi celui des gars de mon âge, car entre vieux on ne se fait pas de cadeau, on guette la faiblesse, l’excès de couleur, l’excès de follitude, cherchant peut-être à se rassurer sur le semblant de dignité-virile qu’il nous reste. Avec le sous-entendu que cette vieille pédale que nous voyons dans l’autre serait décidément trop marquée.

Est-ce que j’allais être un vieux pédé différent d’une vieille pédale ? « Putain ! », mais comment comprendre, comment j’en étais réduit à ce statut dans le regard de ce beau mec (même si sa beauté est certainement toute relative) ? 30 ans nous séparent, 30 ans de peau flasque, 30 ans de poils gris sur le pubis, 30 ans de rides, 30 ans de cuites dans les artères, 30 ans de grains de sable dans le talon de mes vieilles Adidas. Et si je rajoute à cela quinze ans de séropositivité, quinze ans de trithérapie, c’est sûr, ça fait du lourd dans le scénario. Oui, j’ai la peau des fesses qui n’est pas celle de mes bras, qui eux sont plus proches de cette peau de poulet froid qui laisse apparaître les veines bleues. Pourtant, celle de mes fesses me semble encore bien conservée, encore que… oui, la fesse molle, il faut pas se mentir, surtout pas, la fermeté c’est barré. Si j’avais passé mon temps dans les salles de muscu, j’en serai certainement pas là, et si j’avais moins bu ?… Foutaise !, quand ça doit tomber, ça tombe, avec peut-être un léger retard… une illusion de pouvoir reculer l’échéance, comme avec le service d’un contentieux. Oui, ma ceinture abdominale n’est pas suffisamment gainée, en clair mon tôt de collagène en a un coup dans l’aile.

Depuis quatre heures, je tourne dans ce sex club, les mecs se jaugent, s’évaluent, s’ignorent. Je croise du regard des hommes de mon âge, voir plus peut-être, certains me plaisent, mais la chasse se concentre sur les plus jeunes, les moins de 40, qui tournent et prennent des pauses imposées par les codes de la drague et la mise en scène de leur séduction virile. Et dire que j’ai payé 10 euros pour lire dans leur regard la compassion, l’ignorance. Et dans mon lot, si je devais me plaindre, je ne cumule pas les adjectifs « vieille » et « grosse », ce qui me range dans une catégorie encore un peu regardable, et en fin de soirée, juste avant le petit matin, faute de mieux peut-être, baisable… enfin, j’imagine. Ce qui me renvoie à mon imaginaire érotique et à toutes les images qui ont construit mes fantasmes et mes goûts sexuels : quelle place avait ces héros, ces figures, d’hommes mûrs, âgés, gros, forts, avec de l’embonpoint selon la formule ?… Je cherche ceux qui m’ont fait bander, je me perds dans mes pensées.

Ils ne sont pas lourds, ils ne sont vraiment pas nombreux, voire absents… les héros sont jeunes, vaillants, viriles, et les héroïnes avec lesquelles j’ai plutôt été tenté de m’identifier sont elles aussi restées jeunes, belles dans leurs habits cinématographiques et sur les couvertures glacées… Impossible d’imaginer « Angélique, Marquise des anges » ou bien « la princesse Leia » la poitrine tombante, les yeux trop noirs, des hanches de matrone, ménopausée.

Surpris et sorti de ma rêverie, un type de mon âge me propose de le rejoindre dans une cabine : « il veut me fister… ou que je le fiste ? » Il n’est pas mal, physique banal, comme moi, loin des canons des faux septuagénaires des pubs pour obsèques, assurance vie ou cure de thalassothérapie… un type qui affiche un compteur de vol avec poils, harnais, jockstrap caché sous un ventre de propriétaire… Qu’est-ce qu’on peut se faire comme film… bref, le fist ce n’est pas trop mon truc, aujourd’hui comme hier, pas de raison que je commence maintenant, même si j’ai pas trouvé le ou les mecs de circonstance pour cette nuit. Retour à la darkroom. La main, les sens ne mentent pas. Même enveloppé de noir total, un grain de peau, son élasticité, son goût, rien ne dissimulera mes 60 piges bien sonnées, et rien ne me rendra désirable, et surtout pas cette foutue musique de fond, sorte de soupe monocorde, censée mettre une bonne ambiance et couvrir les ébats des mecs qui s’éclatent…

02/03 : Mon lit est vide, ça fera 45€..

Depuis longtemps maintenant, mon lit est vide, les soirs comme les week-ends. Je dois m’accoutumer à ce vide, à cette absence d’un autre ! Est-ce que je le peux ? Et peut-être, surtout, à abandonner le rêve de l’amour, celui du mec qui t’accompagnera juste qu’à la fin, qui devrait partager tes vieux jours. Qui voudrait partager ses vieux jours avec un cocktail de médocs ? Qui voudrait partager ses vieux jours avec un corps mou ? Je me répète que la condition humaine n’est jamais faite que de solitude, face à soi-même, face aux choix de nos vies, à la gestion de nos sentiments, mais est-ce que ça me console ? Constater ce vide, c’est aussi faire le bilan. Proposer l’avenir à un gars aujourd’hui c’est aussi envisager les probables, voire inévitables, déboires de santé ; prostate-débandade, cancer-au-coin-de-la-rue, bandaisons-minimum-syndical et libido-pointillé. Tout ça dépasse largement les questions de ronflement, de siestes post-repas et de calvitie, sans oublier les agaçantes petites habitudes quotidiennes (petites lubies et autres pratiques ménagères, construites pour se rassurer). En écrivant ça, je me dis que le tableau est un peu noir, mais à peine, je me dis que les façons d’aborder l’entrée dans l’âge sont certainement différentes selon notre vécu, notre position sociale, économique, notre possibilité ou non d’avoir des lieux de socialisation, d’intégration, de bienveillance où nos 60 piges et plus ne sont pas ressenties comme un objet de dégoût, de répulsion.

J’avais le souvenir qu’étant plus jeune, sur les lieux de rencontre, de drague (faut dire que, de mon temps, les sex clubs, saunas, applications et autres nouvelles technologies, étaient absent-e-s), il y avait des mecs mûrs, voire vraiment âgés. L’éclectisme des types présents, tant par leurs conditions, leurs physiques, leurs origines, faisait passer l’âge comme une composante parmi d’autres. Il restait certes des valeurs hiérarchiques, des discriminations racistes, des rejets aussi, mais nous étions tous au même endroit, avec l’obligation de cohabiter, et j’ai le souvenir de belles aventures avec des mecs qui auraient pu être mon père, ou mon grand-père. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que tout cela est plus marqué, plus cloisonné et que les divers moyens de la marchandisation du sexe conditionnent nos possibilités de rencontre. Que la performance et la quantité s’imposent comme valeur au détriment de la rencontre et de la découverte, du don gratuit de son corps, de son plaisir.

La reconversion s’impose, le merchandising autour de l’image du « DADDY », pur produit de marketing, construit avec des codes éculés de virilité, suppose un poil dompté, des pecs travaillés, un cheveu et une barbe blancheur d’acier, et surtout une activité sexuelle d’actif qui chasse le young boy, pour le dominer lors de rodéos millimétrés. De plus sur 80 % des sites, le « DADDY » a entre 35 et 45 ans, les plus de 55 étant vraiment minoritaires, les mecs de plus de 60 relégués au jurassique. Vu les conditions et les codes pour être un daddy, c’est encore râpé pour moi, sauf à lancer le trip du « GRANDAD », ça viendra certainement un jour, le marché y veillera. Alors, pour attirer le chaland, me voilà visitant et comparant les sites de sex shop, à la recherche d’articles qui sauront redonner à mes profils du peps, un petit quelque chose que les autres clients n’auront pas. Je pousse la porte du magasin. À droite des lubrifiants, des godes réalistes, des chaînes, desmagazines, plus loin des tenues latex et néoprène, derrière la caisse une collection de colliers de chien, menottes, jockstrap et un semblant de cabine d’essayage. Rapidement, le vendeur, vrai pro de la baise entre mecs, me briefe sur la nécessité d’avoir une cagoule ou deux, un slip cuir ou latex, de compléter avec le plug et d’envisager l’achat de cordes, chaînes, et au moins deux godes réalistes. Selon lui, à partir d’un certain âge, ces éléments vont pimenter mes profils et les rendre plus modernes, plus typiques. De plus, il accompagne ses propos de conseils dans la rédaction/description de mes éléments de profil, ceux-ci devant être axés sur des « scénarios » censés faire bander, censés donner le pouvoir à l’imagination, jouer sur des fantasmes. À ce stade-là, c’est sur, presque garanti, les plans cul vont s’enchaîner, la fête du slip nécessite un peu de bonne volonté, pas vrai… Merci monsieur, ça fera 45 €…

03/03 : « Cotonneux » intellectuellement

Un an après, mes plans culs ne sont pas plus nombreux, voire même moins… non, je dramatise. Car, en plus de ne plus baiser, je constate que les vieilles pédales (comme celle que je suis devenu) sont contraintes à l’invisibilité, aux sourires entendus dans les lieux de rencontre, aux messages souvent violents sur les réseaux, ça fait beaucoup pour un seul homme, vieux débris, oui, mais avec ses limites. Je devrais peut-être faire appel à des escorts ? Mais, j’ai bien peur qu’il n’y ait pas de tarif social, ni dégressif, comme au théâtre, et j’envisage bien, dans ma naïveté, qu’un escort n’est pas un travailleur social, donc quid ? Pourtant, l’idée me traverse l’esprit,comme l’envie d’un parfum de luxe une fois dans sa vie, commeavant, l’attente de la sortie annuelle en fin d’année scolaire. Je me dis que les handicapé-e-s, les vieux, les vieilles, les chomeur-ses de longue durée et célibataires, c’est la misère sentimentale, et sexuelle, et tout de suite je me dis que je force le trait, on peut aussi se branler, c’est moins cher. Un soir, en zappant de chaîne en chaîne je relève que c’est par procuration que ces actes me sont accessibles à longueur de pub, de spots télé avec des corps joyeux, détendus, aimant, sexués, désirants. Qu’à longueur de série, il n’est question que de ça ! De qui couche avec qui ! De qui à des sentiments pour qui ! De personnages qui s’étreignent, s’embrassent, se séduisent, tentent de s’aimer… et là, j’ai les boules, merde, la vie n’est pas une série.

Reste la sphère mili-tante, et associative, véritable royaume des vioques. Accroche-e-s à leurs postes de président-e-s, (ou autres), comme les derniers morpions de la création… si bien sûr, les 40 ans de mobilisation, de manifs, de réunions, de déconvenue, de luttes et de re-luttes, n’ont pas entaché mes motivations d’action collective, comme ont dit. Pourtant, il reste encore beaucoup à faire et certains combats se mènent au quotidien, dans les actes de tous les jours, avec en prime la certitude que l’échéance d’une fin est plus proche des 60 que des 20 ans. Ce n’est pas que cette évidence soit difficile à accepter, puisque c’est l’ordre des choses… Non, ce qui reste difficile, c’est d’envisager de faire ce chemin dans l’isolement, la solitude sentimentale, sans plus aucune caresse. De voir les ami-e-s de nom âge terrassé-e-s rapidement, souvent en quelques mois, par des cancers, de voir les précarités économiques nous étrangler toujours plus… je sais qu’aujourd’hui je n’obtiendrais pas la justice sociale, je viens de me faire une raison, c’est trop tard pour moi, j’ai envie de laisser ça à ceux qui arrivent, je me sens plus préoccupé par les vides, les absences, les douleurs internes.

Difficile aussi de constater son impuissance, physique et certainement psychique aussi, à poursuivre les mobilisations, constater son impuissance à faire bouger les frontières malgré les kilomètres de trottoirs en lutte déjà parcourus. Alors qu’il faudrait, oui, continuer, rechausser ses Caterpillar, pour construire de nouvelles barricades et vider encore des centaines de bombes de peinture pour épuiser nos slogans de rages. Oui, j’ai souvent maintenant le sentiment d’être comme « cotonneux » intellectuellement, basculant vers un « a quoi bon » presque indépassable. Je me motive tout seul et me rappelle pourtant que nombre d’exemples existent, constitués de femmes et d’hommes d’un certain âge, resté-e-s mobilisé-e-s et combatif-ve-s, de Victor Hugo à Gandhi, de Germaine Thion à Margerite Yourcenar (à vous de continuer la liste). Il n’empêche, je ne suis pas de cette trempe là, ni de celle des Grayson Perry, Oscar Wilde ou même Quentin Crisp ; je serai une vieille pédale lambda, peut-être avec la mèche mauve, peut-être avec du poil dans le nez, mais j’imagine cherchant à rester fière et sans honte. Suivant les recommandations de l’association Gay&Grey, « pas de placard pour les vieilles pédales », ou bien celle de leur dernière campagne « kamasutra senior », je vais tenter de ramper jusqu’à mes dernières années avec humour, poésie et peut-être quelqvues jeunesses venant prendre le thé de temps à autre.

Je vais essayer de cultiver tout ce qui pourrait faire une chouette vieille pédale, de l’humour, de la patience, continuer à regarder la beauté des êtres, bien boire, bien fumer et regarder danser la jeunesse non sans envie, mais avec la joie d’avoir encore l’énergie d’apprécier les belles choses, sans se faire des envies au-dessus de ses moyens. Oui, voilà, je vais essayer de rendre désirable cette « putain » de vieillesse inéluctable et fatidique et ma nouvelle gérie sera Iris Apfel, le fric en moins.

« Le but même de l’existence est de réconcilier l’opinion élogieuse que nous avons de nous-mêmes avec les choses effroyables que les autres pensent de nous » Quentin Crisp (né Denis Charles Pratt).

Pédalement votre…

PAYER MON CUL

Traduction de « Giving Up the Ass », publié en janvier 2011 sur le blog Trans Queers, sur lequel deux pédés trans’ of color états-uniens relatent leurs expériences de sexe anonyme avec des mecs cisgenres. extrait du site https://transfagssexjournals. blogspot.com/

L’été dernier je suis sorti avec ce mec blanc, un programmeur informatique, au tempérament timide et tranquille. Il mesurait à peu près 1m70, bâti juste comme j’aime : un mélange de dureté et de douceur. Solide et large d’épaules, et tendre à l’intérieur. Des cuisses dures comme l’acier qu’il lui suffisait d’enrouler autour de moi pour me rendre fou. Un peu de poil sur le corps, ce qui me fait craquer aussi. À notre troisième rencard chez lui, il avait vraiment envie de me baiser le cul et me le faisait savoir. On avait commencé à se peloter après avoir regardé un porno. Ma récente injection de T me rendait particulièrement sensible, fébrile et chaud. Quand il a mis ma main sur son entrejambe, je pouvais sentir sa bite dure à travers son jean. On s’est tripotés, enlevant à la hâte nos vêtements. Il m’a renversé sur le ventre, est monté sur mon dos et s’est frotté fort contre moi, comme un chien, pressant sa queue contre mes fesses… Et c’est à ce moment là qu’il a dit : « j’ai vraiment envie de te prendre par le cul. Est-ce que tu veux ? »

Croyez moi, à ce moment-là, tout ce que je voulais c’est qu’il m’arrache mon pantalon et me baise à fond, mais… je ne pouvais pas le laisser me prendre par là. Pour une raison quelconque, l’idée de sexe anal me flanquait une trouille bleue. Pas seulement en raison du tabou inculqué dans mon ancienne vie de fille noire, timide, issue de la classe moyenne. Je suis un survivant de violences sexuelles, et le sexe anal, à cause de la douleur, risquait toujours de déclencher des souvenirs que je n’avais pas envie de me remémorer. Ces mêmes souvenirs qui m’avaient fait redouter le sexe pendant des années, craignant d’admettre que j’avais des désirs. Dans mon ancienne vie, je n’ai jamais eu l’impression que mon corps m’appartenait, ou que je pouvais en tirer du plaisir. J’ai baisé avec des types non-trans, qui étaient le plus souvent à côté de la plaque et ne savaient rien (ou s’en foutaient complètement) de comment donner du plaisir au corps d’une femme. Et, à chaque fois, les souvenirs des abus remontaient, me forçant à arrêter. Transitionner et prendre des hormones a augmenté ma libido, me forçant à réévaluer le rôle du sexe dans ma vie et à travailler à m’accepter en tant qu’être sexuel.

Je n’étais pourtant pas complètement à l’aise avec l’idée de me faire baiser par le cul et j’ai réfléchi à ça dans le train qui me ramenait chez moi ce soir-là, après être parti de chez lui. Deux ou trois choses se sont vite clarifiées. Premièrement, j’avais vraiment envie d’essayer. Oui, ce n’est pas un truc que je me sens obligé de faire avec la plupart des types avec qui je couche. Mais une fois de temps en temps je rencontre un mec qui me chauffe tellement que ça me donne envie qu’il me baise là.

Deuxièmement, j’avais bien évidemment peur d’avoir mal. Ça faisait looonnggtemps que rien n’était entré dans ce trou. Troisièmement, j’avais aussi peur que ça soit sale. J’avais entendu parler de gens qui font un lavement au préalable et je trouvais ça un peu extrême. Même si je comprends pourquoi. Je ne voulais certainement pas voir de la merde faire une apparition alors que j’étais en train de baiser [Je sais, il y a des gens qui aiment ça. Sans aucun jugement si vous en faites partie. Ce n’est pas mon truc]. Alors que je rentrais chez moi ce soir-là, j’ai pris conscience de mes principales sources de peur quand il était question d’anal : douleur et caca. OK, j’étais en train d’avancer. J’ai cherché conseil auprès de mon compagnon de chambre et j’ai fait quelques recherches Google sur ce dilemme « douleur et caca ». Malheureusement, mes investigations ne m’ont pas permis de dissiper mes craintes : douleurs et caca font tout simplement partie de la baise anale. La douleur s’estompe après les premières pénétrations, en fonction du nombre de fois où t’as été baisé, de comment tu es détendu pendant ladite baise, de la circonférence de ton partenaire, etc. L’apparition de caca peut être diminuée en allant aux toilettes avant. Et si tu es super parano (autant que je l’étais), en surveillant ce que tu manges ce jour-là. Je me suis donc tenu à distance des haricots, ou de tout autre aliment riche en fibre.

La fois suivante où je me suis rendu chez lui, j’étais prêt. Et nerveux à mort. Évidemment, comme à mon habitude, j’en avais trop fait sur les préparatifs (passage aux toilettes avant le sexe, douche, surveillance de ce que j’avais mangé, etc.). Nous avions discuté des choses avant ma visite. J’étais sur le point de payer mon cul, mais ça faisait un bout de temps et il le savait, alors, il allait y aller lentement et en douceur. Plus tard ce soir-là, j’étais allongé sur le ventre sur son lit, pendant qu’il se tenait au dessus de moi, capotant et lubrifiant sa bite. Il s’est caressé, le regard expert posé sur mon cul dénudé. J’ai à mon tour regardé sa queue dure et rougie, encore plus excité à la vue de celle-ci. Il est monté sur le lit et s’est approché de moi, sa bite pendillant dans les airs. « Couche-toi sur le ventre comme ça. Ce sera plus facile …  » J’ai hoché la tête. il a lubrifié son doigt puis l’a lentement introduit en moi. Je me suis crispé pendant une demi-seconde. C’était comme si… j’étais sur le point de chier, ou un truc comme ça. Il a chuchoté dans mon oreille : « Détends-toi ». Peut‑être que c’était sa façon de murmurer, ou bien son souffle chatouillant mon lobe, mais curieusement je me suis détendu. Il m’a donné davantage de son doigt, en conservant un rythme lent. Le malaise initial s’estompait, et ça commençait à devenir vraiment bon. Mon cul a probablement commencé à bouger en réponse. « T’aimes ça ? » Encore ce chuchotement sexy. J’ai tendu le bras et j’ai agrippé sa main, l’entraînant plus profond, et plus rapidement. Et finalement, il s’est allongé sur moi, glissant délicatement sa queue à l’intérieur et wow ! Une fois sa bite enfoncée à fond, j’ai du l’arrêter pour laisser à mon cul le temps de s’adapter. « Tu veux que je me retire ? » Il a posé la question et j’ai secoué la tête. La douleur, c’était vraiment quelque chose. Et pourtant, je pouvais sentir une plénitude délicieuse juste derrière. Je sentais sa chaleur, son corps dur-et-pourtant-tendre contre le mien, ses jambes de part et d’autre des miennes, et son aine enfouie dans mon cul. Tout ça était tellement érotique. Tout ce que je voulais c’est qu’il se déchaîne sauvagement et qu’il me baise à fond. Je savais toutefois qu’aux vues de ma relative virginité anale la baise bestiale n’était pas à l’ordre du jour. Nous avons donc attendu que je m’habitue à la sensation, tandis qu’il déposait de doux baisers humides sur mes épaules et dans mon cou, grignotait le lobe de mon oreille, et me murmurait combien il s’était branlé en imaginant cette scène. Une image mentale est soudainement apparue dans mon esprit : je l’ai vu étendu au lit, serrant sa bite dans sa main et l’agitant furieusement. L’image a fonctionné. J’ai bougé mon cul pour qu’il puisse m’en donner plus, et il a lentement poussé en moi.

Bien plus tard, j’ai découvert qu’est-ce que c’était un pilonneur – du genre qui baise vite et fort, comme s’il s’agissait d’un rituel de purification. J’ai également découvert qu’avoir quelqu’un qui branle mon clit tout en faisant des va-et-vients dans mon cul est de loin la chose la plus merveilleuse au monde, au même niveau que la crème glacée à la noix de coco. Mais par dessus tout, j’ai appris que je pouvais apprécier recevoir autant que donner, et que je n’étais pas forcément envahi de mauvais souvenirs, ou de pensées désagréables dans tous les sens. Je ne fais toujours pas d’anal (en tant que passif du moins) avec la plupart des types avec lesquels je couche. Pour des raisons que je n’ai pas encore identifiées, seuls certains mecs réveillent ça en moi.

GROS PEDE!

Je ne sais pas encore très bien pourquoi j’écris ce qui va suivre, mais je suis convaincu que c’est une bonne idée que je le fasse. C’est un exercice difficile car c’est la première fois que j’écris autre chose qu’un tract. Dans ce texte, je parle essentiellement de moi et de mes ressentis. Néanmoins je suis convaincu que pas mal de pédés s’y reconnaîtront et, qui sait ? y trouveront de quoi avancer. Ici je parle en tant que pédé de vingt‑sept ans, gros, ayant subi des agressions sexuelles. Je raconte comment je me suis construit dans ce monde hétéronormé, avec ces données qui ne résument pas à elles seules mon identité. Je pense qu’il y a un tabou autour de la question des pédés agressés parce que pédés. Je pense qu’on est nombreux, et pourtant bien isolés. Il existe, grâce à des années de luttes et de constructions de réseaux féministes, des espaces-temps pour les femmes – bien qu’encore insuffisants – qui ont été agressées et/ou violées, mais il en existe finalement très peu pour les hommes pédés alors qu’ils subissent aussi des agressions spécifiques. Je pense que je suis plutôt privilégié dans cette situation car bien entouré et évoluant dans des milieux transpédégouines / féministes qui m’ont permis d’avoir accès à des billes, des réflexes, des réflexions que j’ai pu saisir comme des bouées de sauvetage.

Bonne lecture.

Enfance, corps et construction

Je n’ai pas toujours été gros. C’est arrivé tard. En revanche, j’ai toujours été ce garçon efféminé que le monde entier prend pour une fille. Si cela m’amuse voire me flatte aujourd’hui, je trouvais ça très gênant lorsque j’étais enfant. Il faut dire qu’à l’école comme en cours de sport, le monde hétéronormé n’a cessé de me renvoyer le fait que je ne performais pas suffisamment mon genre de mâle. J’avais les traits très fins et des cheveux bouclés assez longs que j’attachais en queue de cheval ou en chignon, et ce dès mes huit ans. J’étais embarrassé de ne pas ressembler aux autres garçons mais j’ai fort heureusement été bien entouré, par ma mère et quelques ami·e·s qui m’ont toujours soutenu et encouragé à être moi-même. Pour ce qui est du comportement genré, je n’ai jamais joué au foot ni à aucun autre sport collectif dans la cour d’école. Je préférais traîner avec les filles, jouer à la corde à sauter, à l’élastique ou encore organiser des spectacles de chant et de danse. Je me retrouvais souvent la cible de coups, d’insultes de type « pédé », « fillette », ou bien même de racket. Je pense que c’est en partie en réaction à cela que j’ai développé rapidement des attitudes de défense et de protection très violentes. Je piquais des crises, me mettais à hurler et à taper tou·te·s celleux qui m’entouraient. Ces crises et ce comportement « bizarre » n’ont rien arrangé à mon impopularité scolaire.

Mais c’est en arrivant au collège que j’ai vraiment souffert. Dès le premier jour, j’ai été pris pour cible. On mettait mon prénom au féminin, on m’appelait « pédale » ou « tapette ». Encore à ce moment, je n’avais aucune idée de la signification de ces mots. Je comprenais simplement que je n’étais pas assez viril, pas assez un homme. J’étais trouillard, je ne savais pas me battreet je me suis réfugié plus d’une fois derrière l’administration et les surveillant·e·s, qui bien sûr ne m’ont été d’aucune aide.

En parallèle, j’ai commencé à prendre du poids. Je mangeais beaucoup, j’étais gourmand et la bouffe était pour moi comme une échappatoire à ma vie merdique, grâce au plaisir immédiat qu’elle apporte. Dans cette période, j’ai à plusieurs reprises pensé à la mort sans jamais passer à l’acte. Je vivais totalement seul ma souffrance de ne pas être comme les autres, sans avoir à qui parler. Je traînais avec quelques autres « freaks » qui n’étaient pas mis à l’écart pour les mêmes raisons que moi (racisme, discriminations liées à la classe sociale ou au handicap, etc). On traînait vaguement ensemble sans se soutenir, sans vraiment faire bloc. J’ai beaucoup souffert de ce manque de solidarité mais n’ai pas non plus eu le courage de soutenir mes camarades face aux caïds du collège.

Adolescence et exploration

Au lycée, tout a changé. Je suis arrivé en option musique, avec plein de gens différents. Même si c’était un lycée plutôt bourgeois, j’y ai rencontré une diversité de personnes totalement inexistante dans mon petit collège de campagne. J’ai rapidement rencontré des cercles militants et mon premier ami bi, qui allait devenir mon premier amant ainsi qu’un de mes meilleurs amis tout au long de ma vie. C’est aussi au lycée que j’ai commencé à boire et à fumer. Autant pour me forger un personnage un peu rebelle et stylé que pour fuir un quotidien encore trop normé, trop mince, trop hétéro, trop sage, trop comme il faut. Mes années lycées ont été marquées par des attitudes provocantes : tenues vestimentaires extravagantes, travestissement, alcool à outrance, drogues, expériences sexuelles variées et non-conventionnelles, etc. J’ai rapidement compris que j’aimais les garçons. Au fond, je crois que je l’avais toujours su. J’ai alors commencé à me dire bisexuel. Il m’a fallu un peu plus de temps pour comprendre que je ne me relationnais avec des filles que pour la proximité et la complicité que je n’arrivais pas à trouver avec des mecs. J’ai alors continué à me relationner avec elles, mais sans sexe. Et j’ai commencé à m’affirmer gay. Puis – par souci de démarcation avec des assos LGBT, à l’époque trop souvent acquises au PS – j’ai commencé à utiliser le terme pédé. Plusieurs ami·e·s ont fait leur coming-out dans ma foulée et nous étions toute une petite bande assez délurée à faire des soirées alcoolisées qui dégénéraient souvent en orgies. J’ai adoré cette période de ma vie et le sentiment de liberté, de libération qui m’animait alors.

Sexualité débridée

Pendant mes années lycée, j’ai commencé à fréquenter les milieux squats. Et puis, des ami·e·s sont parti·e·s à la ZAD de Notre-Dame des Landes et j’ai commencé à traîner là-bas. En parallèle, je faisais ma terminale au lycée expérimental de Saint-Nazaire. À ce moment, je pesais déjà pas loin de quatre-vingt-dix kilos et j’assumais plutôt bien l’évolution de mon corps. À vrai dire, j’étais dans un délire un peu hippie et je ne me prenais pas beaucoup la tête sur tout un tas de sujets. J’ai couché avec de nombreux mecs pendant mon lycée, puis j’ai découvert les sites de rencontres et commencé à multiplier les partenaires sans lendemain. J’aimais ça, ne me sentais atteint ni atteignable. Par rien. Ni par les mecs qui me traitaient de gros laideron, ni par celleux qui jugeaient ouvertement mon mode de vie, le trouvaient dangereux et irresponsable. De fait, je me protégeais rarement et ne mesure qu’aujourd’hui la chance que j’ai eue de ne jamais choper d’IST. Régulièrement, en soirée, je me maquillais et me pavanais en robe et talons. On me genrait au féminin et me respectait pour ce que j’étais ; une tapette un peu folle, exubérante, délurée et grande gueule qui ne se laissait pas marcher dessus. J’évoluais dans un milieu squat anarchiste très hétéro mais plutôt ouvert et je m’y sentais plutôt bien.

Agressions sexuelles

C’est en 2012 que j’ai été agressé pour la première fois, sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, pendant l’opération César. J’y ai rencontré un vieil anar’ pédé parisien que j’ai suivi quelques jours, tel un disciple suit son gourou. Je buvais ses paroles, complètement séduit par sa radicalité, ses histoires du milieu parisien et ses préceptes insurrectionnalistes. Un soir, il a voulu que nous dormions ensemble. J’ai accepté. Cette nuit-là, il a commencé à me toucher. J’ai fait semblant de dormir pensant que ça l’arrêterait. Mais ça n’a pas été le cas. J’ai alors feint de me réveiller en sursaut avec une envie pressante pour m’extirper hors de la caravane et ne jamais y revenir. Je l’ai recroisé par la suite mais nous n’avons pas reparlé. J’ai mis plus d’un an avant de raconter cette histoire et d’y mettre le mot « agression ». Quelques mois plus tard, un site internet rassemblait des témoignages de plusieurs jeunes hommes qu’il avait agressé dans le milieu gay ou squat parisien. À l’époque, je n’ai pas eu le courage d’y participer.

La deuxième fois que j’ai été agressé, c’était en 2016. Je vivais dans une petite ville du sud-ouest et j’avais été identifié pédé et fêtard par un de mes voisins. Cela faisait plusieurs fois qu’il me proposait qu’on boive des coups ensemble et je n’avais pas du tout capté les sous-entendus sexuels qui accompagnaient ses propositions. Un soir que je rentrais de soirée et que j’étais fort alcoolisé, je le croise dans la rue et il me propose de venir boire un verre chez lui. À peine rentré dans l’appartement, il baisse son pantalon et m’annonce « maintenant, on va se faire du bien ».

Je lui explique assez clairement que je n’en ai pas envie, mais il n’écoute pas et commence à se masturber. Je m’avance vers la porte, mais rapidement il la ferme à clé et la cale dans ses fesses d’un air provocateur. « Viens la chercher. » Je comprends ce qui se passe alors et je m’approche d’une fenêtre (nous sommes au rez-de-chaussée). J’ouvre la fenêtre et commence à l’enjamber, il m’agrippe, me retient en frottant son sexe sur mes fesses. Je hurle « au secours », il me lâche, je sors, cours jusqu’à chez moi, me barricade et appelle immédiatement des ami·e·s. Par la suite, je le recroise, lui explique qu’il s’agit d’une tentative de viol, que je vais porter plainte, ce que je ne ferai jamais à cause de mon rapport compliqué à la police de cette ville (qui m’a régulièrement harcelé, y compris sexuellement). Je finis par changer de quartier et je reviens taguer « violeur » sur sa maison. Je le recroise, il sait que c’est moi, me menace. Ma vie devient un enfer et c’est l’une des raisons qui me poussent à quitter cette ville.

La troisième agression a eu lieu à l’été 2018. Sur le parking d’un petit supermarché, il y a un petit escalier qui donne sur un pont. Plusieurs mecs zonent régulièrement par là. Je connais certains d’entre eux via un cadre festif et alcoolisé. Ils savent que je suis pédé parce que je ne m’en cache pas, surtout dans les espaces festifs dans lesquels je me sens à l’aise. Ils sont quatre. Je m’arrête les saluer, ils me taxent une clope, on discute du bar où on a pour habitude de se croiser. Rien d’extraordinaire. Je suis tout de même un peu sur la défensive car je les connais comme étant potentiellement relous et ayant déjà harcelé des meufs dans des soirées. Deux sont assis dans les escaliers face à moi. L’un d’eux est très alcoolisé. Il m’annonce qu’il a envie de baiser. Je lui réponds que je ne peux rien y faire. « Si, on va t’enculer. » me dit-il. J’exprime un NON assez clair mais il commence à me toucher le ventre, puis les fesses et le sexe. Je tente de faire demi-tour mais les deux autres me barrent désormais la route. Je crie. Le parking n’est pas désert mais personne ne réagit. Il commence à mettre sa main dans mon pantalon. Je lui colle un coup de poing dans le bas du ventre. Il me lâche. Son copain de droite se décale. Je passe et me barre en courant.

Prises de conscience et reconstruction

J’ai immédiatement parlé de cette dernière agression à plusieurs personnes ; ami·e·s, co-habitant·e·s, camarades pédés, etc. Plusieurs personnes ont été très entourantes et très chouettes. Contrairement aux deux précédentes agressions, j’ai très bien senti le contre-coup. Je suis allé voir une médecin formidable qui m’a écouté, entouré et placé à ma demande sous anti-dépresseurs. En parallèle, j’ai discuté avec de nombreux potes pédés (mais pas que) du fait de cette situation qui venait réveiller d’anciennes agressions. J’ai pris conscience que, après la première agression, j’avais cessé de faire confiance et de dormir avec des hommes que je ne connaissais pas ou peu. J’avais beaucoup de mal à me sentir en confiance, même avec des amis proches. Après la deuxième agression, j’ai cessé de sortir dans la rue en jupe ou en robe. J’ai d’ailleurs peu à peu cessé de me travestir et de me maquiller ou de porter du vernis. Mon comportement s’est modifié, je me suis un peu masculinisé, ou du moins j’ai beaucoup plus adapté mon comportement à l’espace et à comment je m’y sens. Je suis également passé par une phase très intense de dégoût et de rejet de mon corps. Il m’était compliqué de me laver, de me retrouver nu. Au moment où j’écris ces lignes, je ne me reconstruis que très difficilement dans mes rapports d’intimité avec des hommes.

En août 2018, soit un mois après l’agression, je suis allé au WEP, des rencontres pédés qui ont lieu régulièrement. Nous étions une trentaine de pédés d’un peu partout à nous retrouver pour un week-end d’échanges, d’ateliers, de discussions… J’ai trouvé ce moment très renforçant. J’y ai, entre autres, proposé un atelier autour des agressions sexuelles. Je suis très fier d’avoir trouvé cette force. J’ai été épaulé par deux pédés trop chouettes qui m’ont rassuré et mis en confiance. Nous avons constitué des petits groupes avec des personnes écoutantes et des personnes qui racontent des situations d’agression. Cet atelier a été salutaire pour moi car j’y ai exprimé des choses que je n’avais jamais exprimées et que je ne pensais pas ressentir moi-même. Nous avons ensuite dégagé des axes, des pistes de réflexion pour se reconstruire et aller de l’avant. J’ai pris conscience au cours de cet atelier que mes expériences n’étaient pas que négatives, car j’avais réussi à stopper chaque situation d’agression avant qu’elle n’aille plus loin. J’en suis sorti renforcé. C’est ce qui m’aide à continuer à en parler et à écrire aujourd’hui.

Mon corps de gros dans tout ça…

Malgré les lectures, les témoignages et les échanges avec d’autres gros·ses, je traverse toujours des périodes de rejet et de dégoût de mon corps, même si elles sont moins fréquentes. Elles vont globalement avec des périodes de dépression et dévalorisation de moi. Mais pas que. Je suis beaucoup plus atteint qu’avant par le regard des autres sur mon corps de gros. Cela peut prendre plusieurs formes : des personnes qui me touchent le ventre, des réflexions sur ma façon de manger, des invitations « subtiles » à faire du sport ou carrément des insultes. J’ai pris l’habitude d’aller au devant de ces situations gênantes en en parlant ouvertement sur le ton de la blague ou de la provocation, mais la vérité c’est qu’il est plus difficile qu’on ne le pense de se détacher du regard des autres et de la pression sociale à avoir un corps normé. Il m’arrive encore de me replonger dans des phases de boulimie alimentaire de plusieurs heures, voire plusieurs jours, qui se suivent généralement de journées entières sans manger. Ces phases sont parfois conscientes, parfois non. Dans les deux, cas elles sont fortement auto-destructrices et découlent d’un mal-être lié aux injonctions sociales à être mince ainsi qu’aux normes de beauté. Pourtant, j’aime porter des vêtements moulants, des robes qui mettent en valeur mes formes. Mais, même dans des espaces transpédégouines / féministes, je ne m’y autorise que très rarement. Parce que malgré la bienveillance qui y est prônée, les regards et les moqueries y existent encore. J’ai aussi beaucoup de mal à me retrouver dans des rapports de séduction, incapable que je suis de faire le tri entre les envies sincères d’intimité et les « jeux ». Aussi, mon manque de confiance en moi me pousse régulièrement à m’imaginer que certaines personnes ne dansent avec moi que pour me rassurer et m’aider à me sentir mieux, ou parce que c’est « so queer » de danser avec le gros pédé. Bref, cette impression de ne pas être légitime, d’être un quota « moche » dans un milieu transpédégouine qui recrée des normes de beauté (qui n’échappent pas toujours à l’influence d’hétéroland d’ailleurs).

Les agressions subies me renforcent dans ce sentiment d’illégitimité, de « déclassement » sur le marché du sexe et de la séduction. Dans ma tête, mes agresseurs s’en sont pris à moi car j’étais gros, pédé et alcoolisé. Une cible facile, qui ne dira pas non car elle n’a pas de dignité. Je trouve ça naze de chercher les causes d’une agression, de chercher pourquoi j’ai été agressé moi et pas quelqu’un·e d’autre, de chercher en quoi je suis responsable de mon agression. Je sais que faire comme si c’était moi le responsable, c’est quelque chose de construit pour faire culpabiliser les personnes ayant vécu une agression. Je sais aussi que plein de féministes ont démonté ces stratagèmes, en replaçant la responsabilité du côté des agresseurs. Quand d’autres personnes me racontent des agressions qu’elles ont vécues, je vais évidemment les aider à déculpabiliser, en leur disant « ce n’est pas de ta faute ». Tout ça je le sais et j’y crois. Mais je n’arrive pas à l’appliquer à ma situation / à ma vie / à moi. En tout cas pour l’instant.

Ce texte ne théorise rien du tout, il n’est que récit et ressentis. C’est aussi une bouteille à la mer lancée à tou·te·s les gros·ses qui subissent en silence, à tous les pédés qui se font agresser, violer.

À tou·te·s les freaks qui tentent de ne pas se noyer dans ce monde normé. Vous n’êtes pas seul·e·s, nous ne sommes pas seul·e·s. Ne baissons pas la tête.

Écrit à Nantes entre août 2018 et février 2019

How bad do you want it

J’ai peur de mourir

cette fois, j’ai peur de mourir

ma tête va chercher le pire

les autres fois

je ne sais pas pourquoi

je n’y pensais pas

ça ne me faisait pas peur

là, c’est différent

plus ça approche

et plus j’ai peur que ça n’arrive pas

je me souviens très bien de ce moment

j’étais dans le salon de la maison où j’ai grandi

sur la poutre de la cheminée trônait un grand miroir

ma soeur et ma mère abordent le sujet

tu as des seins

je ne pouvais plus le nier

je n’en voulais pas mais ils étaient bien là

je ne pouvais plus faire comme s’ils n’existaient pas

tout le monde venait m’en informer

oui, bah, c’est bon, je sais

mais tu peux pas faire comme moi

te dire qu’ils n’existent pas

ce jour-là, elle m’avait dit, assise dans le fauteuil

tu sais, dans la famille on a de gros tétés

quand cette phrase a retenti dans le salon aux murs roses

je me suis regardé dans les yeux

face au miroir

et j’ai prié

pour qu’ils restent petits

c’est faux

moi, je n’aurais pas de gros seins

des années plus tard

les yeux dans les yeux

face au miroir

je prie

je réalise que c’est vrai

dans quelques semaines, je n’aurais plus de seins

je réalise que je ne vais pas seulement ne plus avoir de seins

je vais avoir un torse

je prie pour que ça arrive vraiment

pour ne pas mourir

je ne peux pas mourir

l’année où je choisis la vie

je ne peux pas mourir

alors que je n’ai jamais été aussi vivant

enfin je rêve

ça y est, je me fais bander

j’ai hâte

ça y est, je m’identifie

je fantasme

enfin je veux vivre

je veux vivre ma vie de pédé

je le veux

j’en meurs d’envie

j’ai le vertige

choisir la vie me fout le vertige

finalement, c’est ça

j’ai peur de vivre

après avoir passé tant d’années mort-vivant

j’ai peur des rêves qui se réalisent

est-ce qu’un jour pour de vrai

je serai pédé

qu’est-ce qui va changer

est-ce que les garçons me désireront

est-ce que je serai une belle pédale

on ne meurt pas d’une opération du torse

mais si je meurs

je veux que vous sachiez que je vous aime

pour m’avoir accueilli mort

et pour m’avoir aidé à retrouver la vie

si je meurs

je meurs d’avoir été en vie

je meurs des rêves plein les yeux

je meurs bouillonnant de hâte

je meurs apaisé

je meurs amoureux

je meurs désirant

je meurs prêt à prendre des risques

je meurs confiant

je meurs heureux

je choisis la vie

j’ose

la vie en rose

fini l’obscurité

je jouis en vert

mais tu es déjà un garçon

mais tu vis déjà ta vie de pédé

avec toi

oui

avec vous

oui

mais pas avec eux

j’ai rencontré l’imagination

imagine

et suce moi

chope mon torse

encule moi

bientôt je vais aussi rencontrer la testo

fini l’obsession d’être UN

je pourrais enfin être UNE

pédale

folle

tapette

tafiole

fiotte

folle

folasse

lopette

tantouze

tarlouze

fini de chercher quand j’ai eu envie d’être un garçon

fini de prouver que je suis masculin

fini de dire « moi, c’est monsieur », quand en fait

ce n’est pas vraiment ça

vivement le jour où je serai trop il pour être elle

et trop elle pour être il

how bad do you want it

mais a quel point tu le veux

à quel point tu es trans

à quel point tu es un garçon

à quel point tu es pédé

c’est quand même fou de choisir

choisir d’être pédé

à quel point je choisis

à quel point j’ai le choix

rappelle-toi que tu as surtout

de la chance

pourquoi tu n’es pas une fille

pourquoi tu n’es pas gouine

pourquoi tu n’es pas butch

pourquoi tu n’es pas fem’

pourquoi tu n’es pas hétéra

pourquoi tu es une pédale

pourquoi tu es toi

t’as le vertige

parce que t’as peur de vivre

parce que tu flippes de l’inconnu

parce que tu le veux

parce que tu choisis

parce que y’aura encore mille autres possibles

tu flippes, c’est normal

complètement banal

Pour Neurosiss

J’ai branlé vos phimosis à l’orée de vos sous-bois.

J’ai répandu vos semences sur le pays de vos pères.

J’ai bu comme du petit lait à la source de vos soupirs.

J’ai recueilli à genoux le fruit âcre de ma névrose.

J’ai contourné furtivement vos Mercedes trop briquées.

J’ai stimulé vos élans sur des parkings illusoires.

J’ai cru entendre parfois le frémissement d’un sourire.

J’ai recueilli en pleurant le fruit âcre de ma névrose.

J’ai filmé le gonflement de vos egos satisfaits.

J’ai capturé le beau son de vos larmes sur les latrines.

J’ai caressé vos couilles pleines du désespoir ordinaire.

J’ai recueilli l’arme au poing le fruit âcre de ma névrose.

J’ai huilé vos corps-machines à la tombée de la nuit.

J’ai retrouvé le chemin de vos désirs sacrifiés.

J’ai empoisonné vos âmes à la grâce de mon cock-ring.

J’ai recueilli pour toujours le fruit âcre de ma névrose.

N.P.K.

*« Je n’ai jamais réussi à savoir si les plans culs que filmait ce mec dans les bois et les chiottes en Allemagne c’étaient du journal intime filmé ou de bêtes porno low-cost. Si les mecs étaient des acteurs ou pas. Ça avait l’air vraiment vrai. Et c’était très excitant. Et les frontières pd/straight semblaient s’effacer sous l’épaisseur du foutre. Ce poème lui est dédié. »